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Mamiwata : les mondes flottants et polysémiques d'Astrid Bayiha

Les mondes flottants d’Astrid Bayiha

• 5 décembre 2018⇒7 décembre 2018 •
Mamiwata : les mondes flottants et polysémiques d'Astrid Bayiha - Zibeline

Un fond mouvant d’ondes aquatiques bleutées est projeté au lointain. Le plateau est épuré. Seul un lit d’hôpital blanc occupe de manière décentrée le côté jardin. L’espace vide proposé laisse place à l’imaginaire, aux fantasmes, aux chants des divinités. La metteure en scène et comédienne Astrid Bayiha invite le spectateur à une plongée atemporelle dans l’univers de la créature vaudou, Mamiwata, sirène envoûtante, monstre de femme fascinant de douceur et de démesure. La puissance du mythe est interrogée et placée en regard de tous les déséquilibres humains. La fille de l’eau est aussi celle qui se réfugie dans sa bulle pour échapper au monde de la norme. L’univers psychiatrique, convoqué aussi bien dans la scénographie que dans le texte, questionne nos rapports à la folie. Les grandes passions humaines sont-elles porteuses de pulsions de vie ou de mort ? Peut-on aimer l’Autre sans lui arracher le cœur ou l’étrangler dans le désordre des corps jouissants ? Comment les mythes opèrent-ils à l’intérieur de chacun de nous ? Que nous disent-ils de nos rêves et de nos cauchemars ? Le propos de la pièce est foisonnant et l’on sent que dans l’écriture de son texte Astrid Bayiha a souhaité le point d’interrogation. Tout questionne en effet dans cette proposition. De l’alternance entre monologues métaphoriques, danse, chant et dialogues plus crus à la superposition des mondes psychiatriques, oniriques et mystiques : les angles sont multiples pour interroger. Le désir des artistes est de nous convier à un spectacle pluridisciplinaire dans lequel l’Afrique résonne de ses contes et abreuve par son imaginaire rendu visible les questionnements contemporains. L’intime de la proposition est servi par deux comédiens et une comédienne-danseuse. Les fragilités humaines mises en scène auraient été mieux servies dans une salle favorisant la proximité avec le public. Le théâtre du Gymnase semblait trop étendu pour que les spectateurs puissent plonger pleinement dans ces mondes flottants et polysémiques.

DELPHINE DIEU
Décembre 2018

Photo : Mamiwata c Antonio Carola

Mamiwata a été présenté du 5 au 7 décembre par La Criée, Marseille, accueilli par le Théâtre du Gymnase


La Criée
30 Quai Rive Neuve
13007 Marseille
04 91 54 70 54
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