Franck Dimech aux Bernardines : étonnement, malaise, fascination

Les matins et les nuits du mondeVu par Zibeline

• 11 mars 2014⇒15 mars 2014 •
Franck Dimech aux Bernardines : étonnement, malaise, fascination - Zibeline

Les créations de Franck Dimech sont toujours des moments d’étonnement, de malaise, mais aussi de fascination. On se souvient de L’échange en 2011 (voir Zib’ 37), des deux Woyzek en 2012 (Zib’ 49 et 52). Les écorchés proposent La dispute de Marivaux (1744), suivie d’une sorte de prologue qui nous fait glisser dans l’univers de Sarah Kane (1998) avec Manque. Le rapprochement a de quoi surprendre, mais le metteur en scène n’a peur de rien, surtout pas de nous déstabiliser. La représentation commence avec marquis et marquise emperruqués causant (en mandarin parfois surtitré) d’infidélité. L’histoire est connue : ils vont observer le comportement de jeunes gens, 2 filles et 2 garçons, élevés dans l’ignorance du monde et des autres. La jeune Églé arrive rampante, pour se redresser peu à peu, nouvelle Lucie, pour découvrir la nature et son reflet dans le ruisseau. La comédienne, Shu Mien Hu, est terriblement émouvante dans sa nudité originelle, et sa rencontre avec Azor, tout aussi démuni et nu qu’elle, est un moment d’intense émotion. Gestes hésitants, frémissements, naissance du désir, cris… Plus tard arrive l’ahurissante Adine (étonnante Wen Chun Lai), voix de crécelle et robe rose. Le drame se noue très vite avec l’arrivée de Mesrin qui déclanche rivalités et jalousie. La fin heureuse est gommée et le spectacle bascule insensiblement dans un monde dur et violent où les couples sont déchirés, les corps malmenés. L’amour, réduit à la sexualité, n’est plus qu’un souvenir et les personnages n’ont plus pour nom que des initiales. Un spectacle éprouvant et intense.

CHRIS BOURGUE
Mars 2014

Les écorchés (coproduction des Bernardines, du Théâtre national de Taipei (Taïwan) et du Théâtre Ajmer) s’est joué aux Bernardines, Marseille, du 11 au 15 mars

Photo : Les-Ecorchés-©-Hsu-Bing