L’œuvre de Françoise Pétrovitch s'expose sur trois lieux à Marseille, Tarascon et Arles

Les îles intérieures de Françoise Pétrovitch

• 2 juillet 2016⇒6 août 2016, 2 juillet 2016⇒30 octobre 2016 •
L’œuvre de Françoise Pétrovitch s'expose sur trois lieux à Marseille, Tarascon et Arles - Zibeline

À la manière d’un feuilleton visuel et sensible, l’œuvre de Françoise Pétrovitch se déploie sur trois lieux à Marseille, Tarascon et Arles. Un plongeon au cœur de sa production polymorphe tendue autour de thèmes et de formes récurrentes, de séries qui dialoguent ensemble et composent un corpus figuratif « hors temps »

Il est doux de déambuler d’une rive à l’autre du Rhône au contact des œuvres de Françoise Pétrovitch invitée par le Frac, le Château de Tarascon et la galerie arlésienne Espace pour l’art. Il est fascinant d’appréhender toutes les facettes de son travail, des travaux anciens aux nouvelles recherches, de la peinture aux nouveaux médiums. « J’ai eu envie de présenter de la peinture mais aussi de la sculpture et de la vidéo. Il y a des groupes, des fragments, des morceaux », explique l’artiste qui se tient en retrait des questions comme pour nous signifier : « à chacun d’y voir ce qu’il souhaite »…
Justement, que voyons-nous au fil des quatre-vingt pièces qui jalonnent le parcours, tous médiums et toutes périodes confondus ? Un ensemble d’une grande cohérence par l’évocation de thèmes abordés invariablement par la peinture, le bronze ou la céramique : des oiseaux fragiles au regard sombre surplombant les personnages, des corps adolescents aux visages tronqués, des lapins témoins mais muets, des jeux d’enfants, des paysages intérieurs incorporés aux personnages. Et la mort toujours en embuscade derrière l’apparente naïveté ou familiarité des scènes. Cette cohérence ne perd en rien sa force malgré l’éclatement sur trois sites d’exposition, chacun proposant une vraie mise en dialogue et en tension des œuvres. Dans le dédale des salles du Château de Tarascon, la scénographie de Verdures privilégie la rareté des œuvres, leur présence discrète, l’effet d’une rencontre privilégiée avec le visiteur. À l’Espace pour l’art, l’étroitesse du lieu invite à plonger corps et âme dans la douceur inquiète de deux lavis d’encre sur papier, séparés simplement par une île en céramique dont on a tôt fait de faire le tour. La balade aux confins de ces Îles tient en une fraction de seconde et pourtant elle nécessite de s’y arrêter, longuement, silencieusement tant le silence empli toute la surface du papier. Les hauts plateaux nus du Frac se prêtent à évoquer l’absence, le retrait, ce qui se cache et se devine dans les grands formats de la série Étendu, « gisants » en lévitation, corps énigmatiques qui habitent la toile dans un espace et un temps décontextualisés. Autrefois les gisants s’enveloppaient d’un linceul de pierre dentelée (on pense au monastère de Brou), ici ils sont auréolés de couleur fluide, impalpable, fugace. Ce n’est pas le seul clin d’œil ou hommage à l’histoire de la peinture, de la Renaissance aux romantiques allemands, qu’opère l’artiste : son œuvre est pétrie de réminiscences, d’emprunts qu’elle réinvente, notamment dans des peintures où « les échelles de la figure et du paysage s’inversent ».

Entre-deux mondes
Françoise Pétrovitch appartient à un monde où la métamorphose, le rêve, l’inaction, l’infinitude sont chose comprise. Ce qui n’exclut pas la tension ou la noirceur. Pour preuves ses vidéos Echo et son idée troublante du double, son climat anxiogène ; Verticales qui questionne la présence, la figure, la rémanence, et, dans un registre formel inattendu, Entrée libre. Une vidéo au ton documentaire qui « inventorie » la désertification d’une ville des Deux-Sèvres d’où la vie s’est échappée. Où des bribes de rêves persistent à travers les dessins de l’artiste réalisés sur les vitrines de magasins abandonnés : ultimes traces d’une vie confisquée que seule, peut-être, l’art peut réinventer.
MARIE GODFRIN-GUIDICELLI
Juillet 2016

S’absenter
jusqu’au 30 octobre 2 juillet au 30 octobre
Frac, Marseille 2e
04 91 91 27 55

Verdures
jusqu’au 30 octobre 2 juillet au 30 octobre
Château-Centre d’art René d’Anjou, Tarascon
04 90 91 01 93 château.tarascon.fr

Iles
jusqu’au 6 août 2 juillet au 6 août
Galerie Espace pour l’art, Arles

À lire
Françoise Pétrovitch
Semiose éditions, 2014, 50 €

photo : Françoise Pétrovitch, Ventriloque, 2015, grès émaillé, 103x 80 x 50 cm, courtesy Semiose galerie Paris © MGG/Zibeline (exposition Verdures, Château de Tarascon, 2016)

FRAC PACA
20 Boulevard de Dunkerque
13002 Marseille
04 91 91 27 55
http://www.fracpaca.org/

Galerie Espace pour l’Art
5 rue Réattu
13200 Arles
04 90 97 23 95
http://www.espacepourlart.com/