Vu par Zibeline

Avignon et ses communes ont vécu une 37e édition du festival des Hivernales copieuse et intense

Les Hivernales font le printemps

• 18 février 2015⇒28 février 2015 •
Avignon et ses communes ont vécu une 37e édition du festival des Hivernales copieuse et intense - Zibeline

Le 37e festival des Hivernales a tenu sa promesse : le thème De la suite dans les idées fut copieux et métissé, en soufflant un vent printanier de liberté et d’intensité !
Alternant solos, duos et pièces de groupes, abordables ou plus confidentielles, l’édition 2015 a commencé fort : Tordre de Rachid Ouramdane a donné le ton d’une expérience indélébile. Deux subjugantes danseuses, Annie Hanauer et Lora Juodkaite, chacune avec leur identité, leur différence, visible ou intérieure, ont hypnotisé de leur humanité et de leur feeling, fichant le tournis dans des accélérations/décélérations époustouflantes ou invitant à un voyage intime saisissant. En amont, les HiverÔmomes annonçaient une sensibilité particulière avec, entre autres, Cortex de la Cie 3637. Deux danseuses, au présent et passé, évoquaient les concessions faites pour transformer les souvenirs d’enfance en mémoire ; un sujet rare et complexe pour l’enfance. Et pour jouer ces sensations, un musicien en direct, une tendance confirmée durant le festival. Ainsi dans Democracy de Maud le Pladec, ce ne fut pas la prestation dansée, esthétiquement confuse et glaciale, qui fit vibrer le plateau, mais 4 batteurs (dont une femme !) de l’Ensemble TaCTuS qui ont déroulé une partition impeccable, un poil dévorante, de Julia Wolfe puis Francesco Filidei. Dans The Hungry Stones de l’Indienne Raka Maitra, la danse fut (un peu) modernisée par un guitariste fouineur, qui servit avec grâce un élégant quatuor, étirant à l’envi les mouvements dans une danse précise, théâtrale. Des femmes épiées par un homme en retrait : un regard insistant pour questionner leur condition actuelle en Inde ? Almasty de Myriam Gourfink, adepte de yoga, réunit la basse volontairement assourdissante de Kasper Toeplitz et un solo en apesanteur de Deborah Lary qui déroula au sol, dans un mouvement continu, des poses et des appuis inimaginables alliés à une force impressionnante. Dans Chorus de Mickaël Phelippeau, ce sont les corps déplacés, empilés, des chanteurs du chœur de chambre Campana d’Avignon qui ont fabriqué la danse sur des cantates de Bach, construisant dans des scènes courtes et incongrues des vagues sonores humoristiques et de savants tableaux dramatiques.
Radicalité, universalité
Plus radicale, Eeexeeecuuutioooons !! de La Ribot invitaient 19 danseurs du Ballet de Lorraine à reproduire à l’infini les gestes monotones, anxiogènes, d’une chaîne de production… jusqu’à l’épuisement. Un dessein proche de Khaos de Ginette Laurin, où les interprètes, aussi virtuoses, offraient une course folle contre la déshumanisation, à grand renfort de décharges d’énergie. Plus tranquille, Exquises de la Cie Lanabel conviait le public à un banquet pour déguster mets gastronomiques et vins enivrants en se délectant du phrasé de deux serveuses-danseuses -trop- appliquées.
Dans Les Grimpeurs (é)perdus, Antoine le Menestrel a mis à nu les murs du CDC et lui a offert une vraie renaissance, déliant le thème de la création du sol au plafond : ses 4 escaladeurs-acrobates-danseurs ont gravi des cimes d’ingéniosité, esquissant des arrêts sur image à la Michel-Ange, composant, tels trois Adam et une Eve légers comme des plumes, des tableaux anatomiques et poétiques, d’une folle intensité. Beau coup de théâtre également avec la venue de l’Atelier Catalyse, un groupe professionnel d’artistes handicapés mis en scène par Madeleine Louarn qui, avec Les Oiseaux, réinvente le mythe d’Aristophane. Emmenée par Bernardo Montet, cette communauté pacifiste et visionnaire fonde sa cité entre terre et ciel, dans une cérémonie drôle et sincère, parfois débordante mais libératoire ! Et puis, deux autres tribus inoubliables : celle d’Aïcha M’Barek et Hafiz Dhaou avec Sacré printemps !, une danse de résistance à la lumière sublime composant un appel à la liberté fort, émouvant, universel. Quant aux danseurs de S’Envoler d’Estelle Clareton, petits-enfants de May B habillés d’aujourd’hui, ils ont donné à petits pas et grandes envolées une leçon de danse, de groupe, de joie, de vie, rassemblant dans une urgence salutaire un souffle de liberté communicatif. Des oiseaux émancipés qui ont annoncé le printemps sur leurs ailes du désir !
DELPHINE MICHELANGELI
Mars 2015

Les Hivernales ont eu lieu du 18 au 28 février à Avignon et dans les communes du Vaucluse

Photo : Les Grimpeurs (é)perdus, février 2015 © Delphine Michelangeli


Les Hivernales
18 rue Guillaume Puy
84000 Avignon
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