Vu par ZibelineDiptyque éclairant les faiblesses humaines à La Criée

Les guêpes feront l’affaire

• 18 décembre 2019⇒20 décembre 2019 •
Diptyque éclairant les faiblesses humaines à La Criée  - Zibeline

Malgré le siècle qui sépare leurs auteurs, deux pièces montées pour un mariage bien arrangé

On pouvait douter de la pertinence de monter en diptyque un des classiques du vaudeville signé Labiche et une pièce psychologico-absurde de l’auteur et cinéaste contemporain russe Ivan Viripaev. Le metteur en scène Frédéric Bélier-Garcia avait lui, sans doute, immédiatement perçu comment les deux œuvres soulignaient les mêmes faiblesses humaines qui poussent à l’absurdité. Qu’elles relèvent de la lâcheté ou de l’égoïsme, du doute de soi ou de la perte de confiance en l’autre.

Une affirmation de leur ami Donald fait vaciller le couple formé par Sara et Robert. Le sujet de la discorde conjugale : un imbroglio indénouable sur l’identité de l’homme qui a rendu visite à Sara en l’absence de son époux le lundi précédent ? Selon elle, il s’agit de Marcus, son beau-frère. Or Donald maintient, témoignages à l’appui, que le même Marcus a passé toute la journée chez lui. Complot, trahison, folie ? L’auteur en profite pour ironiser sur l’hypocrisie de la bourgeoisie en la faisant culpabiliser sur l’avortement mais admettre l’anthropophagie. Comment la parole d’un proche peut-être mise en doute et interroger la fiabilité d’une relation amoureuse comme amicale. Qui était cet homme au final ? Nous ne le saurons jamais, le sujet s’est déplacé jusqu’à faire accepter à tous l’irrationalité de la situation et la subjectivité de la notion de vérité. Rien ne laisse à penser que l’on change d’époque, de ville voire d’appartement. Les mêmes acteurs endossent en revanche de nouveaux personnages. Après une nuit arrosée, deux acolytes sortent de leur trou noir persuadés d’avoir commis un crime atroce. Plutôt que de reconnaître les faits, ils usent des subterfuges les moins scrupuleux, démontrant leur capacité à banaliser l’irréparable. Même une fois leur innocence admise, leur dignité en est pour toujours souillée.

LUDOVIC TOMAS
Janvier 2020

Les guêpes de l’été nous piquent encore en novembre suivie de L’affaire de la rue Lourcine ont été jouées du 18 au 20 décembre, à la Criée, Marseille

Photo : © Pascal Victor

La Criée
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