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Regard sur la masculinité dans les derniers films de Jacques Audiard et David Oelhoffen

Les Frères Sisters et Frères Ennemis : Regarde les hommes tomber

Regard sur la masculinité dans les derniers films de Jacques Audiard et David Oelhoffen - Zibeline

Présentés tous deux à la Mostra de Venise le mois dernier, les films de Jacques Audiard et David Oelhoffen, tout en s’inscrivant dans une tradition masculine du film de genre, jouent habilement avec ses codes.

Salué pour ses propos enflammés prononcés au festival vénitien, en appelant à moins s’attarder sur le « sexe des films » et à plutôt s’assurer d’une égalité parfaite du côté des jurys et des comités de sélection, Jacques Audiard s’était vu reprocher par d’autres une forme d’opportunisme, quand l’œuvre du cinéaste nourrit une fascination évidente pour la masculinité sous toutes ses coutures. Les Frères Sisters ne réconciliera pas ces deux camps : si l’équipe technique du film est effectivement composée d’autant de femmes que d’hommes, le récit ne se concentre ici que sur des figures viriles. Exception faite de l’actrice trans Rebecca Roots, dont la caméra scrute les traits les plus épais, ce ne sont que des hommes qui défilent à l’écran. Ils n’ont pourtant plus grand-chose des durs à cuire de Sergio Leone, bien que les décors naturels d’Almeria rappellent souvent l’imagerie des westerns spaghettis. Le tueur à gages rongé de scrupules de John C. Reilly, à l’origine du projet et producteur du film, est troublant de mélancolie et de tendresse. Violent, alcoolique et parricide, Joaquin Phoenix laisse également entrevoir une vraie fragilité que masque mal son désespoir.

Même son de cloche du côté des Frères Ennemis de David Oelhoffen. Les visages familiers des fascinants Reda Kateb et Matthias Schoenaerts, révélés tous deux par Audiard, y côtoient une intrigue tout aussi familière, opposant flics et voyous entre Paris et la grisaille de sa banlieue. Mais les cartes semblent ici redistribuées : à l’innocence des jeunes malfrats répond le cynisme de leurs figures tutélaires, incarnées par la police mais aussi par les chefs de gang. C’est encore de la loi paternelle que les « frères » devront s’affranchir.

SUZANNE CANESSA
Octobre 2018

Photo: Frères ennemis, de David Oelhoffen © David Koskas-One World Films

Les Frères Sisters, de Jacques Audiard, sorti depuis le 19 septembre

Frères Ennemis, de David Oelhoffen, sorti depuis le 3 octobre