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Vu par Zibeline

Désorientale, premier roman de Négar Djavadi aux éditions Liana Levi

Les fils d’une histoire

Désorientale, premier roman de Négar Djavadi aux éditions Liana Levi - Zibeline

Que faire lorsqu’on attend à l’hôpital Cochin (au Centre de Procréation Médicalement Assistée), un tube en carton sur les genoux, après onze mois d’un protocole marathon, seule quand tous les autres sont venus à deux ? Se souvenir. Pour tromper une attente qui risque d’être longue, Kimiâ laisse venir à elle son histoire. Ou plutôt toutes les histoires dont elle est faite. Celle de sa grand-mère paternelle, Nour, trentième enfant  du redouté Montazemolmolk, née par une nuit de tempête dans une province reculée d’une Perse encore très féodale. Celle d’Emma, sa grand-mère maternelle, dont la famille arménienne a fui la Turquie avant le génocide de 1915. Celle de ses oncles, si nombreux qu’on a coutume de les numéroter. Celle de ses parents surtout, Darius et Sara Sadr, farouches opposants au Shah puis à Khomeiny, les Sakharov iraniens comme les a appelés un journaliste. Toutes ces « vies rythmées par des exils et des morts », qui l’ont menée là où elle est, Kimiâ a longtemps tenté de les tenir à distance, en se « désorientalisant ». Mais, puisqu’on n’échappe pas à  cette « somme incongrue de circonstances, de fatalité, d’héritages, de malchance et de drames », autant les raconter. Désorientale, le premier roman de Négar Djavadi, sans doute assez largement autobiographique, se présente donc comme un patchwork d’histoires. Récit forcément non linéaire, apparemment désordonné, en réalité très habilement monté (rien d’étonnant, l’auteure est scénariste) ; à la manière des contes persans, quoique dans un style très contemporain, il joue de l’attente du lecteur, auquel la narratrice s’adresse fréquemment. Ainsi, au fil de cette broderie vive et émouvante, se tisse la trame d’une identité particulière, « désorientale » peut-être, mais forte d’un héritage que le récit lui a permis de s’approprier.

FRED ROBERT
Août 2016

Désorientale
Négar Djavadi 

Liana Levi, 22 €

Négar Djavadi sera présente aux Correspondances de Manosque du 22 au 25 septembre.