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Les Estivants de Valeria Bruni Tedeschi au cinéma depuis le 20 janvier

Les Estivants

Les Estivants de Valeria Bruni Tedeschi au cinéma depuis le 20 janvier - Zibeline

« Vous avez conscience que le scénario de ce film ressemble à celui de votre précédente fiction ? » demande un des membres de la commission de financement du CNC à Anna (Valeria Bruni Tedeschi) qui vient de se faire larguer abruptement par son mari, Luca (Riccardo Scamarcio). Un film dans le film et un clin d’œil au travail de Valeria et aux critiques qui lui sont faites. Les estivants (The Summer house), 4e long métrage de fiction de Valéria Bruni Tedeschi, présenté hors compétition à la 75e Mostra de Venise, joue sur la même veine autobiographique et intimiste que le précédent. Comme dans Un Château en Italie, on retrouve la maladie du frère, la douleur de la stérilité, la difficulté de gestion du patrimoine familial, le tragi-comique de la vie et la voix écorchée de Valeria qui glisse du français à l’italien et du rire aux larmes.

C’est l’été, Anna rejoint sa famille dans une somptueuse villa de la Riviera française. Elle compte y finaliser l’écriture de son film avec Nathalie, interprétée par Noémie Lvovsky, coscénariste par ailleurs des Estivants avec Valeria et Agnès de Sacy.)

Dévastée par la rupture amoureuse qu’elle refuse, Anna rejoint ce lieu paradisiaque fait pour l’amour et le plaisir, seule avec Célia, sa petite fille africaine adoptée. L’héritière de « tout ça », bien plus solide et réfléchie que les adultes qui l’entourent, et qui va se retrouver devant ce clan déjanté, comme une spectatrice de théâtre. La tante Elena qui noie son chagrin dans l’alcool (Valeria Golino), le mari Jean (Pierre Arditi) odieux à souhait dans le rôle d’un patron déchu, cynique, responsable du licenciement de milliers de salariés, la grand-mère Louisa (interprétée par la propre mère de Valéria : Marisa Borini), le fantasque Bruno (Bruno Raffaelli) et tous les domestiques au service de la famille depuis des années, dont Jacqueline incarnée par une extraordinaire Yolande Moreau en intendante flanquée d’un mari foudroyé et hagard qu’elle bat.

Maîtres et serviteurs, tous plus ou moins fêlés, blessés, cassés. La lutte des classes en note continue. Les repas se terminent toujours mal, les vérités anciennes, cruelles reviennent sur le tapis sous lequel on avait voulu les cacher. On chante du Mozart ou de la rengaine italienne. Ce qui nous vaut un joli duo des deux Valeria : Ma che freddo fa ! Cosa la vita senza l’amore ? L’amour, on le fait beaucoup dans ce film. On rit pas mal aussi alors qu’on ne parle que de disparition. L’enfant qu’Elena n’a pas eu, l’amour que Luca n’a plus pour Anna, l’amie Anastasia dont on dispersera les cendres, le jeu de l’invisibilité inventé par Bruno pour Célia, la fin de la saison des baisers pour Louisa, et la déliquescence d’un monde qui ne va pas bien. Le fantôme du frère mort du sida, sujet du film écrit par Anna, hante la maison de vacances.

Et c’est dans le brouillard artificiel d’une machine déréglée sur un plateau de tournage que s’achève le film. Les acteurs deviennent tous des spectres. Blancs sur blanc. On rejoint le théâtre, que Valeria Bruni Tedeschi aime tant, divisant son film en actes et le dédiant à Tchekhov et Chéreau.

ELISE PADOVANI
Janvier 2019

Les Estivants, de Valeria Bruni Tedeschi est sorti le 30 janvier (2h08)

Photo 1 : Les Estivants2 © Ad Vitam

Photo 2 : Les Estivants © ad vitam