Danse et cinéma par Damien Manivel

Les Enfants d’Isadora

• 20 novembre 2019 •
Danse et cinéma par Damien Manivel - Zibeline

24 octobre, 27 octobre, 1er novembre… « Je dansais, ma première danse après l’accident… » murmure une voix tandis qu’en gros plans, se détache sur fond blanc une main qui esquisse un geste, un pied qui cherche sa place. Puis le champ s’élargit : un studio de chorégraphie et, reflété par des miroirs, le corps d’une jeune danseuse, Agathe Bonitzer qui déchiffre la partition du solo, La Mère, écrite en notation Laban et cherche peu à peu sa « propre danse ». C’est en apprenant qu’Isadora Duncan avait crée ce solo d’adieu après la mort tragique de ses deux enfants en 1931 que Damien Manivel, lui-même danseur avant d’être cinéaste, décide de faire ce film, Les Enfants d’Isadora, construit en triptyque, comme un ballet en trois actes. « Il m’a semblé nécessaire que cette danse traverse des corps différents et porteurs d’autres histoires. » Ainsi, après Agathe Bonitzer s’appropriant peu à peu les gestes qui la bouleversent, nous assistons à la transmission du solo par la chorégraphe Marika Rizzi à Manon Carpentier, une jeune danseuse atteinte du syndrome de Down. Lui prodiguant conseils et encouragements, patiemment, la chorégraphe italienne lui fait trouver son propre geste car « la danse n’appartient à personne » et le 17 novembre, au Carré Magique de Lannion, Manon danse. En gros plans, superbes, semblant sortir de l’ombre, les visages de spectateurs. Parmi eux, une vieille dame noire, émue jusqu’aux larmes. On la suit dans les rues de la ville, la nuit ; elle marche avec difficulté et rentre chez elle, seule. Déambulation magistralement filmée par Noé Bach. La vieille dame se dévêt avec lenteur et la caméra s’attarde sur sa robe bleue, ses pieds, la photo d’un petit garçon. Cette dame épuisée, c’est une des figures majeures de la danse contemporaine, Elsa Wolliaston qui tenait le rôle féminin principal dans un des courts du cinéaste, La Dame au Chien (2010). « Je n’ai pas inventé ma danse, elle existait bien avant » nous dit-elle, nous regardant dans les yeux. Un troisième volet très émouvant. Même si on peut trouver un peu longue la première partie de ce film qui nous plonge dans l’univers de la danse contemporaine, on ne peut qu’être sensible à la beauté des gestes et à la mise en scène de Damien Manivel qui a su rapprocher et mêler deux arts parfois éloignés, la danse et le cinéma.

ANNIE GAVA
Novembre 2019

Le film sort en salles le 20 novembre (1 h 24)

Photo : les-enfants-disadora © Shellac