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Vu par Zibeline

Retour sur Chroma, atmosphère onirique, entre poésie et transgression, créée par Bruno Geslin

Les couleurs du spectre

Retour sur Chroma, atmosphère onirique, entre poésie et transgression, créée par Bruno Geslin - Zibeline

Moins il voit, plus il regarde. Moins il espère, plus il célèbre la vie. Derek Jarman, cinéaste anglais qualifié d’underground dans les années 70, conjugue transgression et poésie. À l’époque, on appelait ces artistes des punks, des anarchistes, des graines de liberté. Il perd progressivement la vue. Il est séropositif. En 1986, il achète une maison de pêcheur au sud de l’Angleterre. Nature désolée. Galets, vent, sel, et centrale nucléaire habitent l’environnement du cottage. Il décide pourtant, là où rien ne pousse, lui qui ne voit presque plus, de créer un jardin.

Bruno Geslin s’est emparé de son dernier ouvrage, Chroma, autobiographie centrée sur le thème de la couleur, pour élaborer une pièce dansée, jouée, rêvée. Les deux interprètes masculins disent, dansent, en anglais (sur titré), en français, les mots de Jarman. Les tableaux s’inspirent des images tantôt érotiques (tendance rouge et dorée), tantôt nébuleuses, tantôt rocks, tantôt furieusement discos (Nicolas Fayol décline les registres), de l’univers du cinéaste écrivain. C’est parfois agressif, souvent caustique, détaché, provoquant. La musique, jouée en direct par Benjamin Garnier et Alexandre Le Hong, participe à façonner une atmosphère onirique : quelque chose de l’ordre du souvenir, à la fois très précis et pourtant volatile.

Il y a des morceaux d’enfance, des amants, la glaçante interrogation de comment se passera le dernier moment, des bribes de séduction, des saynètes à l’hôpital, des tests de vue, le constat que la maladie progresse. Danse et mots se marient ; les mots prennent le dessus. Lorsqu’Olivier Normand raconte les premières fleurs surgies parmi la roche, la fragilité, la fougue des petites fleurs qui s’accrochent dans la bise, les éclats de lumière à l’angle des silex, les cascades de couleurs graciles, c’est une lame de fond d’émotion qui surgit.

Il est si beau, si émerveillé, sa diction est tellement pure et douce : on se dit qu’il parviendra à apprivoiser la mort en embuscade, le temps qui broie. C’est presque miraculeux. Anna Carlier, dont on regrettait qu’elle soit cantonnée en arrière plan, tournoie dans un mouvement envoûtant, final en noir et blanc, robe en corolle, fleur qui résiste à l’obscurité qui mange le plateau.

ANNA ZISMAN
Décembre 2017

Chroma, reprise d’une pièce créée en 2015, a été jouée dans le cadre d’un programme hommage au chorégraphe Alain Buffard le 20 octobre au Théâtre de Nîmes

Photo : © Bruno Geslin


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