Le Festival international d'art lyrique d'Aix-en-Provence, quand même

Les cinq coups du destinVu par Zibeline

• 10 juillet 2020⇒11 juillet 2020 •
Le Festival international d'art lyrique d'Aix-en-Provence, quand même - Zibeline

Le dernier enregistrement destiné à la diffusion numérique du Festival international d’art lyrique d’Aix s’est offert au public restreint des salariés du festival et de ses mécènes

Certes, la foule des spectateurs habituelle à cette période de l’année n’était pas là, ce qui donnait une impression de vide, d’incongru. Cependant, la salle du théâtre de l’Archevêché accueillait (un siège sur deux, masques obligatoires…) un public heureux de renouer avec le spectacle vivant. Délectation d’entendre enfin l’orchestre s’accorder sur le « la » du premier violon ! Pierre Audi, directeur artistique du festival, visiblement ému, souligne à quel point « il est émouvant d’écouter de la musique dans la salle de l’Archevêché. Il s’agit de relever des défis considérables pour préparer l’après, rebondir pour l’édition 2021, les cinq productions prévues cette année sont reportées sur les années suivantes, certaines répétitions ont eu lieu… », et rappelle « le soutien de l’état et des instances locales qui ont maintenu leurs subventions et les mécènes, généreux, formidablement ». Désormais « il faut préparer le retour du public dans les salles à la rentrée. » Désignant l’orchestre installé dans sa disposition normale, Pierre Audi sourit : « c’est parce que tous les musiciens ont été testés négatif au virus ! ». « Entendre la musique vivante sonner », irremplaçable bonheur qu’aucun enregistrement si parfait soit-il ne peut rendre. La présence des instrumentistes, même lors des solos, accorde une autre vibration, scelle la connivence essentielle qui préside à la création ou à l’interprétation d’une œuvre.

Le Balthasar Neumann Ensemble, avec Véronique Gens et Stanislas De Barbeyrac. Sous la direction musicale de Thamos Hengelbrock. Œuvres de Beethoven et Mozart. Le 9 juillet 2020 au Théâtre de l’Archevêché. La Scène Numérique du Festival d’Aix-en-Provence.

Le chef d’orchestre Thomas Hengelbrock, à la tête du Balthasar Neumann Ensemble qu’il a fondé en 1995, présentait un programme qui liait trois œuvres majeures de Beethoven et de Mozart, entrecroisant les passages selon une ancienne tradition. Le jeu entre les écarts, Don Giovanni et Cosi fan tutte de Mozart et la Cinquième Symphonie beethovenienne, savait tisser de nouveaux échos entre des œuvres que sépare la Révolution française. Deux ères politiques et culturelles se font face, et pourtant la seconde s’appuie sur la première avec une fine intelligence. L’éblouissement des cinq coups de tonnerre du premier mouvement de la Cinquième Symphonie renvoyait les annulations, les reports, les contraintes draconiennes aux oubliettes dans un élan jubilatoire et vainqueur que le dernier mouvement qui refermait le concert confirmait avec un éclat bouleversant d’énergie. La soprano Véronique Gens servait avec la subtilité d’une comédienne le Ah ! perdifo (Don Giovanni) puis incarnait tour à tour Dorabella en solo et Fiordiligi en duo avec son complice le ténor Stanislas de Barbeyrac qui campait un Ferrando expressif  (Cosi fan tutte). Tous les registres passent par-là, des indignations et colères aux instants de séduction où les voix se fondent au miel des mots, sans oublier une discrète ironie. Le bonheur d’applaudir, renouer avec ce geste, prenait alors une signification nouvelle, effaçant le temps par le catapultage des réminiscences : le Festival d’Aix est né en 1948 avec Cosi fan tutte, et l’anniversaire de la naissance de Beethoven est ici célébré par la symphonie qui transmute les coups du destin en promesses d’accomplissement heureux… pour nous faire goûter à l’essentiel. Un air vivifiant de liberté retrouvée.

MARYVONNE COLOMBANI
Juillet 2020

Concert enregistré le 9 juillet au théâtre de l’Archevêché, Aix-en-Provence

10 juillet
Diffusion sur Arte Concert à 19h
Sur www.festival-aix.com à 19h

11 juillet
Sur France Musique à 20 h.

Photographies ; Concert du 9 juillet théâtre de l’Archevêché, Aix © Vincent Beaume