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Les Chinois à Marseille s'est joué au théâtre Joliette, à Marseille

Les chinois de l’ombre

• 20 février 2018⇒23 février 2018 •
Les Chinois à Marseille s'est joué au théâtre Joliette, à Marseille - Zibeline

Le metteur en scène Franck Dimech interroge dans sa dernière pièce la situation des populations d’origine chinoise à Aubervilliers et Marseille. Si sa préparation a demandé un travail d’investigation et d’écoute depuis décembre 2016, il ne s’agit en aucun cas de livrer une œuvre documentaire, plutôt de restituer une atmosphère, un climat et surtout de briser les clichés et les représentations folkloriques d’une population et sa civilisation. Donc pas de dragon, ni de pieds bandés ; mais dénonciation du travail des immigrés exploités dans des ateliers clandestins sous l’autorité de chinois nantis. Ainsi la scène dans les cuisines d’un restaurant où s’échinent les ouvrières tandis que la patronne hurle des ordres et consulte son téléphone portable : pas besoin de traduction surtitrée pour comprendre ces échanges verbaux. Avec humour trois femmes aux vêtements colorés et clinquants viendront tour à tour évoquer leur arrivée en France et esquisser maladroitement quelques pas de danse, seule concession au folklore. Puis l’émotion surgit avec la comédienne Jung-Shih Chou disant une prière à voix feutrée, dans un essoufflement éprouvant, puis l’histoire de Jasmine, très jeune prostituée dont le mari a sombré dans l’alcoolisme, et qui cherche à mourir sans y parvenir, « une femme dont la mort ne veut pas ». Une nouvelle recrue dans la troupe, le psycho-sociologue Ting Cheng, adopte au début du spectacle une posture de yoga, puis intervient pour évoquer un jeune homosexuel qui découvre la France et l’amour. Une autre encore évoque le récit de la défénestration d’une ouvrière pour fuir un contrôle de police dans un atelier clandestin parisien. Ainsi Franck Dimech révèle par touches l’opacité de ce monde impénétrable et muet. L’illustration en est donnée par une mèche allumée côté jardin au début du spectacle qui se consume lentement sans jamais exploser. Pas de révolte dans ce monde souterrain.

Le spectacle ne baigne pour autant dans le drame. La fantaisie est amenée par le personnage de l’européen bienveillant et curieux, qui semble le double naïf du metteur en scène, excellemment interprété par Olivier Horeau : il cherche le contact à tout prix en exhibant la photo de sa maison familiale, en s’intéressant à la fabrication des raviolis, en s’appliquant maladroitement à manger avec des baguettes tout en engageant une conversation sérieuse avec un lapin posé sur le clavier d’un piano. Surréaliste ! Sans oublier l’envahissement de la scène par une multitude de tabourets rouges ou de baguettes tombées du ciel. Le spectacle oscille ainsi du tragique au comique. Il s’achève sur l’évocation du poète Xu Lizhi suicidé à l’âge de 24 ans avec une immense banderole, hommage à toutes les victimes de la société marchande.
CHRIS BOURGUE
Février 2018

 

Les chinois à Marseille s’est joué au Théâtre Joliette, Marseille, du 20 au 23 février (avec sur-titrages en français ou en chinois mandarin selon la nécessité)

 

Photo : Ting Cheng © Willy Vainqueur


Théâtre Joliette
2 place Henri Verneuil
13002 Marseille
04 91 90 74 28
www.theatrejoliette.fr