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Vu par Zibeline

Les Archives LGBTQI, un chantier à mettre en œuvre

Les cartons de l’avenir

Les Archives LGBTQI, un chantier à mettre en œuvre - Zibeline

Le 16 janvier, l’association Mémoire des sexualités co-organisait avec la revue Panthère Première une rencontre sur le thème des archives communautaires.

Comment constituer, traiter, valoriser et transmettre une mémoire LGBTQI+ ? Parallèlement à la lutte pour les droits et contre les discriminations, le sujet des archives fait aussi partie des préoccupations de la communauté. À Marseille, un travail ininterrompu de collecte de documents de toutes sortes est mené depuis 1978 par l’association Mémoire des sexualités, sous l’impulsion de Christian De Leusse. « Pendant longtemps, personne ne s’y intéressait. Mais depuis environ un an, la nouvelle génération s’est investie dans l’association », raconte ce militant historique du mouvement LGBT à Marseille. C’est le cas de Renaud : « Je me suis assez rapidement aperçu qu’il existait peu de lieux où trouver un fonds documentaire important et accessible. Les personnes de ma génération commencent à prendre conscience que notre communauté a très peu accès à son histoire ». L’enjeu est double : « protéger et s’approprier une mémoire évanescente qui s’amoindrit au fil des décès et des déménagements. Le Sida a eu beaucoup d’impact sur cette disparition d’archives. La famille du défunt peut décider de tout jeter en mettant aussi parfois le conjoint à la porte », témoigne le militant.

L’histoire oubliée d’Act Up Marseille

C’est en ouvrant un des innombrables cartons stockés dans les locaux de Mémoire des sexualités que l’on redécouvre, par exemple, l’histoire oubliée d’Act Up Marseille, des magazines gay des années 80 ou encore l’aventure des Universités d’été homosexuelles, organisées à Marseille à partir de 1978. On apprend aussi que la deuxième ville de France a été la première en Europe à proposer dans les années 70 un atelier d’autodéfense féministe à destination notamment du public lesbien. Pour explorer et partager cette documentation, l’association va organiser une fois par mois des apéros-cartons. « Nous disposons d’un lieu très précieux. À nous d’éveiller la curiosité. C’est important pour porter de nouvelles luttes, pour ne pas reproduire les éventuelles erreurs du passé. Les archives sont là pour nous aider à mieux nous connaître, à avancer », explique Renaud. Un fonds Sida, qui comporte de nombreux éléments en lien avec les luttes LGBT, existe également dans les réserves du Mucem. Y accéder nécessite obligatoirement d’entreprendre des démarches. À Paris, le projet d’un centre d’archives LGBTQI+ s’empêtre dans les divergences politiques, idéologiques et de conception même de la structure, depuis le début des années 2000.

Un espace pour et par la communauté

« Les questions LGBTIQ+ ne sont pas la spécialité des institutions. Un musée, c’est comme un coffre-fort. Ça a le mérite de préserver mais il est important d’avoir des espaces de conservation qui vivent de manière autonome, pour et par la communauté. Ces petits lieux créent une énergie et du lien », poursuit le jeune homme. Prochaine étape, faire évoluer le fonds de Mémoire des sexualités en l’ouvrant davantage aux pratiques et thématiques actuelles. « La collection montre essentiellement la vitalité du militantisme gay à Marseille. Aujourd’hui, il y a une nouvelle dynamique sur les questions de genres et de sexualités, avec de nouveaux centres d’intérêts, d’autres goûts, d’autres sensibilités. Le mouvement Trans-Pédé-Gouines connait une phase d’effervescence. Comment faire vivre la mémoire de nos fêtes, de nos espaces de rencontres, des fanzines ? Comment élargit-on aux thématiques queer, féministes, sanitaires et migratoires » ? Au-delà de la réflexion sur l’archivage se pose aussi la question de la circulation et de la visibilité des documents avec, par exemple, la constitution d’expositions. Et Renaud de résumer en une question le chantier à mettre en œuvre : « Comment créer une archive du présent ? »

LUDOVIC TOMAS
Janvier 2019

La soirée Archives LGBTQI s’est déroulé le 16 janvier à La Compagnie, Marseille

Mémoire des sexualités
52, rue d’Aix, Marseille
memoire-sexualites.org

Photo : c X-D.R.


La Compagnie
19 rue Francis de Pressensé
13001 Marseille
04 91 90 04 26
www.la-compagnie.org