Tableau noir de Michèle Lesbre, une autre histoire de l’école

Les cahiers au feu, la maîtresse au milieu !Lu par Zibeline

Tableau noir de Michèle Lesbre, une autre histoire de l’école - Zibeline

Une ancienne « instit’ » se penche sur les souvenirs de sa carrière et de sa propre scolarité. Et quand il s’agit de Michèle Lesbre, dont on connaît les romans incisifs, on la suit les yeux fermés. Peut-être n’aurait-elle jamais écrit sur ce sujet si elle n’avait pas été bouleversée par le suicide, le 21 septembre 2019, de Christine Renon, cette enseignante qui aimait son métier, croyait aux valeurs de l’école et a été épuisée par les surcharges de travail, les difficultés administratives. Michèle Lesbre se rappelle sa propre carrière. Elle n’avait pas spécialement choisi ce métier, mais elle a mis ses pas dans ceux de sa grand-mère qui a été son institutrice à partir de 1945, « dans l’odeur âcre de la craie ». Déjà, avec sa sœur plus jeune, elle joue à la maîtresse. C’est le début d’un « long périple ». Beaucoup d’enseignants se reconnaîtront dans ce cheminement ; nombreux sont ceux qui se disent qu’ils n’ont jamais quitté l’école depuis leur maternelle… Michèle Lesbre se souvient des plumes Sergent-Major, des buvards aux publicités colorées, de l’encre violette ; puis de ses profs de lycée. Elle évoque le concours de l’École Normale qu’elle a été contrainte de passer, ces années où elle s’est sentie « prisonnière » : règlement strict, lectures surveillées. Sa carrière a commencé dans la campagne, se poursuit à Clermont-Ferrand et Paris. Avec les événements de 68, elle réalise la place du politique dans l’évolution de l’école, puis fait le compte des multiples ministres et auxiliaires divers qui se sont succédés sans avoir obligatoirement l’expérience du terrain, mais affichent « l’arrogance que donne le pouvoir. ». Elle en profite pour critiquer les prises de position actuelles du ministre Blanquer et les directives des inspecteurs. Mais aussi elle pense avec émotion aux enfants rencontrés, aux mamans, aux anciens élèves qui ont gardé son souvenir et à certains collègues qui ont été des passeurs magnifiques… Un petit livre qui a son poids !

CHRIS BOURGUE
Septembre 2020

Tableau noir Michèle Lesbre, avec des illustrations de Gianni Burattoni
Éditions Sabine Wespiesser, 14 €