Festival d'Aix : Rameau triomphe au GTP... et en français !

Les BoréadesVu par Zibeline

• 18 juillet 2014 •
Festival d'Aix : Rameau triomphe au GTP... et en français ! - Zibeline

A Aix, paradoxalement, on n’a pas si souvent que ça l’occasion d’entendre des ouvrages en langue française ! Bernard Foccroulle (directeur du festival) a répondu à la question que lui posait Zibeline, en conférence de presse sur ce sujet,  qu’ « Aix n’est pas l’Opéra de Paris » et que monter un opéra de Rameau, dans un contexte de limitation des budgets, s’avère prohibitif…

On passe sur le fait que lorsqu’on reçoit près de 4 millions d’euros de finances publiques on devrait, pour le moins, avoir un devoir (ne serait-ce que moral !) « de rendre accessibles les œuvres capitales de l’humanité… et d’abord de la France” (Malraux, 1959). Certes Rameau (ce n’est pas le seul auteur d’opéras français… heureusement!) est moins vendeur que Mozart… mais à ne jamais jouer le répertoire national, il finira par sortir des mémoires… si ce n’est déjà fait !

D’autant qu’au vu du succès obtenu au GTP le 18 juillet par Les Boréades, en version de concert, magnifiquement servi par Les Musiciens du Louvre Grenoble (dir. Marc Minkowski), un beau plateau de chanteurs emmené par la soprano Julie Fuchs, on se dit qu’on aurait bien tort de se priver de l’art absolument unique de ce compositeur, orchestrateur et inventeur à nul autre pareil en son temps.

Chef d’œuvre testamentaire

A y écouter de plus près, ce chef-d’œuvre testamentaire composé à 80 ans (en 1763) se situe à mi-chemin entre Ariodante (1735) de Haendel (musicien à qui on le compare, à tort, trop souvent) et La Flûte enchantée (1791), deux ouvrages donnés à Aix cet été (voir www.journalzibeline.fr/critique/haendel-mouvemente-et-magnifie/ & www.journalzibeline.fr/critique/et-la-lumiere-fut/). Les Boréades est juste un monument qui possède sa vie propre, un style inimitable où l’on touche, avant la lettre à cet « art total » revendiqué bien plus tard par Wagner ou le 7ème art ! Car chez Rameau, l’on y chante, mais aussi… l’on y danse : près de la moitié du temps ! Tout s’imbrique et se fond, du récitatif à l’arioso et à l’air, aux chœurs et ballets, dans des couleurs sonores, contrepoints somptueux, évocations baroques de tempêtes, chasses et défilés festifs… On s’y désole et réjouit pour le plaisir des yeux et des oreilles.

Alors donnons à cet ouvrage des moyens à la hauteurs de sa valeur, à Aix, lieu où la partition a connu pour la première fois la scène en 1982 ! Imaginons le plateau vocal du Turc en Italie (voir www.journalzibeline.fr/critique/rossini-pirandellien/), certes rompu au français et au style baroque (encore que ce terme ne soit plus vraiment approprié au dernier Rameau). Offrons-lui un metteur en scène dépoussiérant les clichés antiques (comme le fit Robert Carsen il y a dix ans) et surtout un grand chorégraphe pour magnifier les ballets… Alors on verrait comment, après Salzbourg, Paris, Lyon et Zurich ou Strasbourg, on lit Rameau au « Meilleur Festival » du monde (Prix Opéra Awards décerné à Aix en 2014)… Et dans la fosse… on a ce qu’il faut !

En 2015…

Aix, fort de la présence de plus en plus sensible de nouveaux « grands donateurs » privés (près de la moitié du budget des subventions) voit plus grand l’été prochain.

On aura un nouvel Haendel (Alcina), un traditionnel Mozart (L’enlèvement au sérail), la reprise du magnifique Songe d’une nuit d’été de Britten (festival 1991), comme du Winterreise de cette année, Iolanta et Perséphone pour un couplage chanté-dansé de Tchaïkovski et Stravinski, des créations de Jonathan Dove, Ana Sokolovic…

Pas très « frenchie » tout ça… mais bon !

JACQUES FRESCHEL
Juillet 2014

Photo : Julie Fuchs & M. Minkowski – Les Boréades © JC Carbone

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