Création cinématographique LGBTI dans le monde : ZeFestival

Les bobines de la diversité

Création cinématographique LGBTI dans le monde : ZeFestival - Zibeline

ZeFestival, c’est le coup de projecteur annuel régional sur la création cinématographique LGBTI dans le monde

Après Nice, Toulon et Seillans, l’association niçoise Polychromes, organisatrice de la manifestation, faisait escale à Marseille pour proposer une sélection internationale de films dont certains inédits. Fermé pour travaux, le cinéma Les Variétés n’était pas en mesure d’accueillir cette 11e édition, qui a pris ses quartiers au Pathé Madeleine.

En ouverture, Corpo Elétrico, film brésilien de Marcelo Caetano, nous plonge dans le quotidien d’ouvriers d’un atelier de confection de Sao Paulo. Parmi eux, le séduisant et séducteur Elias, homo épanoui, aux multiples partenaires, à qui le patron reproche une certaine porosité entre les relations professionnelles et personnelles. Apprécié de tous, Elias n’a cure de ces remarques. Ebloui par la beauté de la nouvelle recrue, Fernando, venu de Guinée-Bissau, il cèdera finalement aux avances de Wellington, autre collègue, au physique sorti d’Orfeu Negro. Au labeur le jour, en sortie le soir et le week-end, la petite communauté nous renvoie un Brésil libre d’esprit, inclusif et sensuel, aux antipodes d’une actualité politique sombre.

Dans Ma vie avec James Dean, le réalisateur français Dominique Choisy explore les amours contrariées d’une autre communauté, en Normandie celle-là. Géraud Champreux (Johnny Rasse) est invité à présenter son premier long-métrage, relativement confidentiel, dans des cinémas qui le sont tout autant, en Seine-Maritime. À la manière d’un conte rohmérien, sa vie bascule, au gré des personnages fantaisistes, excellemment interprétés. Derrière des apparences plutôt rigides, chacun révèlera sa part de folie et de poésie, privilégiant son épanouissement aux conventions. De Gladys, la réceptionniste d’un hôtel qui connait par cœur La Mouette de Tchekhov, à Sylvie, quinquagénaire éperdument amoureuse de Louise, en passant par Balthazar, le projectionniste qui cache ses 15 ans pour déclarer sa flamme au héros.

Beaucoup plus sombre, After Louie, de Vincent Gagliostro ou le mal-être, dans le monde gay d’aujourd’hui, d’un artiste militant hanté par les ravages du Sida dans sa génération. Plasticien new-yorkais en retrait, Sam Cooper (remarquable Alan Cumming), 55 ans, peine à convaincre son entourage sur son projet de film-documentaire sur William, un proche décédé du VIH dans les années 90. Accro au whisky, à la cigarette et au sexe -qu’il paye parce que cela lui « fait plaisir »-, ancien d’Act Up, il entretient le souvenir de l’époque révolue de la radicalité du mouvement gay, dont il n’accepte pas l’évolution vers une forme d’hétéronormalisation. Sa rencontre avec le jeune Braeden, l’amitié parfois malmenée mais indéfectible de ses proches, réussiront à le libérer de ses vieux démons et l’amener à l’apaisement intérieur. Une œuvre puissante.

LUDOVIC TOMAS
Octobre 2018

Le volet marseillais de ZeFestival a eu lieu du 18 au 21 octobre au Pathé Madeleine

Photo : Corpo elétrico, de Marcelo Caetano ©Optimale Distribution