Critique: Oh les beaux jours ! de la littérature
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Vu par Zibeline

Oh les beaux jours ! de la littérature

Les beaux jours en solo

Oh les beaux jours ! de la littérature - Zibeline

Les propositions du Festival Oh les beaux jours ! se sont succédées avec une variété agréable, mêlant musique, images, conversations… Focus sur deux écrivains qui se la jouent en duo et en solo.

Marie Darrieussecq a fait lecture d’un texte qu’elle consacre au partage « vivant » et qu’elle ne veut pas publier. Il s’agit de celui créé à Arles pour accompagner une exposition sur les utopies pavillonnaires. Elle y évoque son père dans son lotissement de banlieue, son enfance avec ce père toujours pressé qui fume trois paquets de Pall Mall par jour, conduit bien trop vite sa voiture. Son père qui a failli mourir fin 2013 et a ressuscité, en quelque sorte. Du coup elle nous confie : « mes rancoeurs sont tombées », après dix ans de psychanalyse, et elle accepte ce père tel qu’il est désormais, et maintenant. Un taiseux, un peu raciste, un peu de droite, mais qui change vers la fin de sa vie et interroge sa fille sur la façon dont il faut voter. Un lecteur aussi, que la littérature a sauvé peut-être et qui a donné à sa fille cet amour de l’écriture. Ces confidences nous touchent, nous font sourire, car c’est la vie même qu’évoque Darrieussecq avec ses contradictions et ses émotions. Elle termine sur un constat : « le père qu’il a pu, la fille que je peux ». N’est-ce pas grande sagesse ? Durant la lecture défilent sur deux écrans les vidéos de Laurent Perreau qui montrent ces pavillons sans âme, sans style, cependant cadres de l’ « intime ».

Son complice Arnaud Cathrine (voir notre article « Les beaux jours en tandem ») a parlé de sa trilogie À la place du cœur avec Maya Michalon. Une classe de lycée était présente, concernée par ces livres qui parlent d’eux, des adolescents convoqués par l’histoire. Celle de notre époque et des traumatismes causés par les attentats de 2015. Le projet a démarré en 2016 et l’auteur s’est surpris à prolonger les aventures de ses personnages sur trois volumes, allant jusqu’à écrire le 3ème au jour le jour, suivant la campagne électorale des Présidentielles de 2017, pour montrer la France désorientée par la menace du Front National, sa jeunesse meurtrie, mais aussi l’appétit de vivre, l’éveil si important de la sexualité et de l’amour. Le narrateur, Caumes, est en terminale, il bascule en une saison dans l’âge adulte : il tombe amoureux d’Esther, passe le bac, part à Paris, perd son meilleur ami suite à un odieux lynchage raciste, vit en direct les événements de 2015, Charlie et le Bataclan, devient écrivain… Caumes est un double d’Arnaud, plus jeune certes, mais il lui ressemble, habite dans le même quartier, écrit, passe ses vacances à Arcachon, comme si l’auteur revivait une autre adolescence. Le tout dans un style enlevé, des dialogues qui fusent, éclaboussent, des textos qui s’échangent et marquent un nouveau rapport à la communication et au temps. Tout est dans l’urgence, la vie se bouffe à pleines dents même si ça fait mal. Car nombreuses sont les questions et difficiles les réponses et « il va nous falloir vivre avec ça, encore et toujours. Toujours. ».

L’intime et le social : tout est là.

CHRIS BOURGUE
Juin 2018

À la place du cœur (3 saisons) Arnaud Cathrine
Laffont, 16,50 € le volume

Ces deux rencontres ont eu lieu dans le cadre du festival Oh les beaux jours ! dans la Salle des Rotatives de La Marseillaise (Marseille) les 25 et 26 mai.

Photographies :

Arnaud Catherine et Maya Michalon © Nicolas Serve
Marie Darrieusecq © Nicolas Serve