Vu par Zibeline

Retour sur la Biennale des Ecritures du Réel à travers trois des spectacles programmés

Les autres…

• 22 mars 2014⇒12 avril 2014 •
Retour sur la Biennale des Ecritures du Réel à travers trois des spectacles programmés - Zibeline

C’est une belle ouverture sur des territoires tout proches et même un peu plus lointains que nous ont offert, entre autres, trois spectacles proposés par la Biennale des Ecritures du Réel : le continent Jeunesse avec Seventeen monté par la compagnie François Stemmer, le monde agricole de Charles Culot et le pavillon de banlieue parisienne pour une épopée rom de la parole circonvolutive… Les jeunes d’abord, les ados pas sérieux, ceux qui ont 17 ans et vous lisent le bateau ivre la capuche sur la tête comme Rimbaud pipe à la bouche, rivalisent de prouesses en skate-board, se découvrent le corps dans tous les sens ; inégal, rythme à fouetter, boulons à resserrer mais de l’émotion tout de même et deux superbes moments à voir et à entendre : une glissade folle sur sol mouillé où ça dérape, vacille, tombe et repart droit ; un solo de «fille» (espèce peu représentée) accroupie en fond de scène qui chante a capella le Ground control to Major Tom de Bowie… à suspendre le temps.

Un tour chez les paysans avec ce titre magnifiquement terre à terre Nourrir l’Humanité, c’est un métier ; quelques signes de piste : table de ferme à parler les coudes sur la toile cirée, bottes de paille et odeur de foin (ou de fumier pour la scène ?) ; nos deux acteurs Charles Culot et Valérie Gimenez croissent et se multiplient pour donner corps et parole, de manière surprenante et rigoureuse, à une réalité qui n’a guère droit de cité habituellement au théâtre ; didactique, direct, le spectacle, car c’en est un, ne pèse pas un gramme de trop, le mimétisme des acteurs qui incarnent tel ou tel agriculteur, accent compris, crée une proximité troublante -mais aussi un espace réflexif- avec les «vrais» conviés en images à témoigner de leurs difficultés et surtout peut-être de leur singularité dans notre actualité. Réussi, efficace, un plaisir plus qu’une leçon et que vivent les paniers partagés !

Avec Mangimos (La demande en mariage) c’est une table encore, à laquelle les spectateurs sont assis, formant donc tablée festive de témoins réactifs sinon très actifs ; Xavier Marchand poursuivant son travail sur les communautés, leurs us et leur verbe ici, convie au partage d’un moment décisif à tout le moins chez les Roms -chez «les autres» aussi ?- et accompagne du geste et de la voix à travers le texte-documentaire de Patrick Williams, le voyage plein de surprises, de revirements, de découragement et d’allant d’une demande en mariage ritualisée avec un naturel confondant. Nous sommes là, le temps d’une petite soirée, à partager un long après-midi de palabres avec Sasha Zanko et Nicolas Zanko et Guitsa Lorgua aussi, le fiancé à venir… Émotion et surprise de sentir évacué tout exotisme, de n’être attentif qu’à l’avancée pas à pas d’une parole dont on sait d’avance l’aboutissement, dont on guette les effets sur les visages… L’engagement de ces hommes qui jouent leur propre rôle en miroir du texte lu, leur intelligence à laisser filer les accrocs ou à en sourire est un don inestimable pour notre Kumpania d’un soir ; ni ethno ni socio mais l’invention d’une circonstance qui s’impose par sa justesse de ton et la liberté laissée au jeu des différences. Fierté d’y avoir participé …

MARIE JO DHO
Avril 2014

Ces trois spectacles créés dans le cadre de la Biennale des Ecritures du Réel ont été donnés à la Friche, à La Cité et au théâtre Joliette-Minoterie, à Marseille, entre le 22 mars et le 12 avril

Photo : Seventeen-c-François-Stemmer


La Friche
41 rue Jobin
13003 Marseille
04 95 04 95 95
http://www.lafriche.org/


Théâtre de la Cité
54, rue Edmond Rostand
13006 Marseille
04 91 53 95 61
http://www.maisondetheatre.com/


Théâtre Joliette
2 place Henri Verneuil
13002 Marseille
04 91 90 74 28
www.theatrejoliette.fr