Vu par Zibeline

Léo et Richard : un amour d’anarchie

 - Zibeline

En longeant le théâtre Toursky, l’âme de Léo Ferré résonne : «Ce théâtre Toursky, c’est ma raison d’être marseillais… Le désordre, c’est l’ordre sans le pouvoir L’Anarchie, c’est d’abord le respect de l’autre… je revendique : Ni Dieu, ni maître» ! Sur scène, les musiciens entourent Richard Martin : violons, clarinette, clavier, sons planants et bourdons essentiels, Yerso, voix sombre et envoûtante, qu’on entend trop peu, Levon Minassian, prince du doudouk, aux envolées lumineuses, Anouchka Minassian, kanoun, aux belles improvisations, Jean-Pierre Nergararian, kamancha, aux sonorités intemporelles. Le piano de José Pendje est malheureusement inaudible ! La musique (Ferré et compositeurs arméniens), accompagne un Richard Martin crispé, qui a du mal à changer de registres : L’Affiche Rouge de Louis Aragon manque de corps, le débit est trop rapide, malgré l’habillage instrumental subtil. Mais peu à peu Martin entre dans la chair des mots, se transcende, puis explose : «Madame la Misère : écoutez les tumultes qui montent des bas-fonds !» Chaque phrase est ponctuée par des accords percussifs au clavier. «Il m’importe que le mot Amour soit chargé de mystère et non de vertu.» Un immense crescendo dramatique s’installe : «Nous sommes des chiens !» Les textes de Ferré sont d’une force incroyable. Martin, de plus en plus virulent, les porte à bout de bras : «les voyous ne sont pas tous en prison : c’est une idée reçue !» De belles lumières, tons sable et noir, enveloppent ce partage d’espoir. «Y’en a pas un sur cent et pourtant ils existent, la plupart espagnols, allez savoir pourquoi. Faut croire qu’en Espagne, on ne les comprend pas : les Anarchistes !» Poings levés vers la salle : l’effet est garanti. Martin garde l’âme intacte d’un combattant, avec la poésie comme arme essentielle !

YVES BERGÉ

Mai 2012

 

Amour Anarchie a été donné au Toursky le 20 avril


Théâtre Toursky
16 Promenade Léo Ferré
13003 Marseille
04 91 02 58 35
http://www.toursky.fr/