Un premier film lumineux d'Eva Riley

L’EnvoléeVu par Zibeline

Un premier film lumineux d'Eva Riley - Zibeline

Ce n’est pas l’Angleterre prolétaire d’un Ken Loach, ou celle sombre et fêlée d’un Mike Leigh, pourtant L’Envolée de Eva Riley, malgré son titre, n’est pas hors sol, et s’ancre dans une réalité sociale en background. La jeune réalisatrice écossaise de 34 ans pour son premier film reste dans la continuité du cinéma britannique d’auteur.

Nous sommes à Brighton, à une heure de Londres. Pas de banlieue grise ni de logements sordides mais une classe moyenne qui a des difficultés à payer ses cotisations et de jeunes délinquants presque aimables. Une campagne verdoyante et lumineuse qui rend plus sensible encore les zones grises et noires des vies de chacun. Leigh a 14 ans. Elle fait de la gymnastique dans un club de la ville, choyée par sa coach, victime de la jalousie et des mesquineries de ses « camarades ». Elle a perdu sa mère. Ne parvient plus à réaliser l’enchaînement pour la compétition où on l’a inscrite. Son père est absent, défaillant, lâche. Malheureux, sans nul doute. Elle voit débarquer chez elle Joe, un demi-frère plus âgé dont elle ne connaissait pas l’existence, lui-même rejeté par sa mère. Faut dire qu’il ne se soumet pas aux lois, ce grand ado ! Il vole des motos pour un petit caïd Reece vivant sagement chez sa vieille maman. L’ambition de Joe : poursuivre sa « carrière » dans la Capitale et passer du vol de deux roues à celui d’automobiles ! Bien malgré lui, il attire dans ses embrouilles, Leigh, perturbée et séduite par ce grand frère. Ces deux-là, en détresse affective, sans beaucoup de paroles, en un temps très court, vont apprendre à s’aimer, à se protéger, à s’émanciper.

Le film avec une belle économie de moyens, de la modestie et beaucoup de douceur, nous fait ressentir tout à la fois la détresse affective intime et l’énergie intacte de cette jeunesse blessée. Les deux adolescents interprétés avec grand naturel par des non professionnels, sont bougrement attachants !

Leigh, accrochée aux agrès voit le monde à l’envers et exécute des salti arrière : remettre les choses à l’endroit, retomber sur ses appuis en gardant du ressort pour aller de l’avant, c’est de cette initiation à l’acrobatie de la vie dont nous parle ce joli film.

ELISE PADOVANI

JUILLET 2020

En salles le 8 juillet

Photo @Arizona Films