Trois jours à Chaillol au lendemain de la visite de la Ministre de la Culture Françoise Nyssen

L’envol alpinVu par Zibeline

• 5 août 2017⇒7 août 2017 •
Trois jours à Chaillol au lendemain de la visite de la Ministre de la Culture Françoise Nyssen - Zibeline

Parmi les festivals musicaux de l’été, il en est un qui apporte à ceux qui le suivent une grande bouffée d’oxygène, pas seulement parce qu’on prend de la hauteur, à Chaillol, comme aux quatre coins des Hautes-Alpes, mais aussi parce que la manifestation imaginée il y a vingt ans par Michaël Dian ne ressemble à aucune autre. En vingt-et-une éditions, depuis l’origine, l’équipe réunie autour de son directeur artistique affiche des projets originaux, variés et enthousiasmants. Et les musiciens adhèrent volontiers au dessein d’essaimer leurs belles notes jusqu’aux hameaux perchés dans la montagne. Là, on se bouscule gentiment (souvent à guichet fermé) pour entendre des musiques métisses, du monde et classiques, de jazz ou baroques, des créations aussi, car, chose paradoxale en ces lieux reculés où la culture a parfois du mal à s’immiscer, c’est aux œuvres contemporaines (classiques de demain ?) qu’on est le plus accroc…
Un projet particulièrement porteur ! Si bien qu’en en 2017, le Festival de Chaillol reçoit, le 4 août, la visite enthousiaste de la Ministre de la Culture Françoise Nyssen. Une reconnaissance officielle (ô combien méritée !) qui a boosté l’équipe et fédéré autour d’elle les forces positives de toute la région.

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Lorsque Zibeline arrive sur les lieux du Festival, le lendemain, on est encore un peu sous le coup de l’ivresse ! On se trouve à La Bâtie Neuve à quelques lieues de Gap. Devant la Salle de la tour, on se presse (on ajoutera des sièges pour que le moins de personnes possible ne reste à la porte). Sur scène ? Pas une vedette-mercenaire cachetonnant d’un festival à l’autre… Non : un quatuor… de plectres. Oui cet accessoire qu’on appelle aussi médiator et dont on se sert pour jouer des mandolines ! C’est quasiment pour la circonstance que le Quatuor de plectres de France s’est constitué. A leur tête, un show-man qu’on connaît bien à Marseille, puisqu’il rend à la mandoline, depuis plusieurs années et fort de sa personnalité, ses lettres de noblesse. Vincent Beer Demander a initié, auprès de compositeurs vivants, un joli répertoire d’opus pour son instrument souvent relégué, dans la pensée commune, aux musiques de folklore. C’est donc Francis Lay, Claude Bolling, Vladimir Cosma ou Richard Galliano qu’on entend aux côtés de Debussy, Poulenc et… Vincent Beer Demander lui-même. A la qualité des opus, originaux, et écrits dans un style abordable pour toutes les oreilles, s’ajoutent celle des interprètes (Cécile Duvot, Fabio Gallucci aux mandoline et mandole, Grégory Morello à la guitare… jouée pour le coup avec ses ongles), comme les anecdotes cocasses et propos joyeux du guide de la soirée. On sort du concert le sourire aux lèvres, avec le sentiment d’avoir découvert de belles choses.

Balade musicale Yvon Bayer (0) Alexander Chavillard ALXA4001
Dimanche matin… il pleut ! A Manse, on se masse sous une tenture protectrice. Les accrocs aux traditionnelles « Balades musicales » ne sont pas prêts à renoncer pour quelques gouttes d’eau. Guidés par Hervé Cortot, en famille, de sept à soixante -dix-sept ans, on s’enfonce dans les sentiers forestiers, et le maître des lieux nous raconte des aventures du pays, réelles ou imaginaires, là, juste nichés sous le col, au détour d’un chemin, d’un torrent, d’un canal… A chaque halte, des musiques s’élèvent à la corde d’un violon, au souffle d’une cornemuse (Yvon Bayer) ou de chants polyphoniques conduits par Damien Toumi. Alors, par miracle, le temps se lève et le soleil accompagne la fin du périple…

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Depuis 1990, Chaillol accueille des stages de musique qui, fort de leur succès auprès de jeunes, se sont développés autour de deux sessions et s’ouvrent désormais à tous les âges et niveaux. Les professeurs, artistes et pédagogues qui les animent, donnent deux récitals durant le festival. Le dimanche soir, dans l’église du Noyer, on apprécie l’impérieuse qualité de ces musiciens dans un programme qui mêle de redoutables classiques de la musique de chambre, signés Mozart (Trio des Quilles) ou Fanny Mendelssohn (Quatuor avec piano), à des pages plus originales de Théodore Dubois, Arvo Pärt ou de l’organiste et compositeur marseillais André Rossi. Le pianiste Frédéric Isoletta nous guide à travers ce panorama sonore de l’histoire musicale, entouré de Claude Costa (violon), Pascale Guérin (alto), Marine Rodallec (violoncelle), Eva Villegas (clarinette) et Nathalie Petit-Rivière (piano). Les stagiaires ont de la chance de recevoir les conseils de ces musiciens-là !

Baltazar Montanaro (O) Alexandre ChevillardALXA4367
Le lundi, en attendant le concert du soir qui nous conduit à Gap, certains s’arrêtent, dans un petit hameau situé à deux pas de Saint-Bonnet en Champsaur. A l’ombre des arbres, à même l’herbe du pré ou déployant leur chaise-longue, ils s’allongent après le pique-nique et somnolent, rêvent et voyagent au son de l’étrange violon de Baltazar Montanaro. Innovation de l’édition 2017, la « Sieste musicale » a déjà ses adeptes.

Concert Providence (0) Alexandre ChevillardALXA4180
Alors que le soleil passe peu à peu derrière derrière le grand bâtiment en U de la Providence, à Gap, les bancs et chaises installés, en plein air, au pied de son vaste perron se remplissent. Le concert est gratuit, programmé en partenariat et dans le cadre d’ « Éclat(s) d’été » dans la préfecture des Hautes-Alpes et attire une foule Gapençais et de touristes. C’est un programme ambitieux qui est offert à des oreilles qui découvrent pour la plupart la magnifique Sonate « Arpeggione » de Schubert ou les Cinq morceaux dans un style populaire de Schumann. Mais le public, malgré des conditions acoustiques dues à la nécessaire sonorisation des instruments (dans ce vaste lieu), est d’emblée captivé par l’aura qui se dégage des jeunes artistes qui opèrent sous ses yeux. Noémi Boutin semble une ballerine dotée d’un archet : elle embarque l’assistance d’un mouvement de bras au souffle de son violoncelle vibrant. Dans son dos, Marie Vermeulin, pianiste subtile à l’écoute millimétrée, se glisse dans son sillage… Leur pas de deux nous conduit alors du côté de Debussy (Sonate pour violoncelle et piano) et d’une création commandée par le Festival de Chaillol au compositeur israélien Lior Navok. Intitulé Fluctuations, cet opus sensible séduit le public, mais gagnera, le lendemain, à être réinterprété dans l’intimité de l’église de Saint-Maurice en Valgaudemar.

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Trois jours au Festival de Chaillol, c’est une indispensable respiration estivale, ersatz d’une programmation de près d’un mois qui a accueilli des artistes comme la claveciniste Céline Frisch, le violoniste Pierre Fouchenneret, fait découvrir le monde médiéval chanté par l’Ensemble De Caelis, une création pour jeunes spectateurs inspirée de Giono, le jazz du trompettiste Fabien Mary, le tango revisité des filles de Los Lobos del Tango. Une chance pour les Alpes… et toute la région !
JACQUES FRESCHEL
Août 2017
www.festivaldechaillol.com

Photos © Alexandre Chevillard

Affiche : Pascal Colrat