Vu par Zibeline

L’enfance en héritage

 - Zibeline

Décliné en show, BD, roman par Raphaële Moussafir, Du vent dans mes mollets est devenu un très joli film réalisé par Carine Tardieu et co-écrit par les deux femmes. L’affinité générationnelle de ces trentenaires qui tricotent leurs souvenirs d’enfance sans nostalgie avec un humour impertinent et un sens charnel du détail, donne à ce long métrage, une authenticité attachante. L’héroïne Rachel Gladstein, une fillette de 9 ans, confie à Mme Trebla, la pédopsy chez laquelle sa mère l’a emmenée, un très gros chagrin. Plus gros encore que tous ceux qui la poussaient à dormir toute habillée, son cartable sur le dos, quelques mois auparavant, même si le vent indifférent au deuil continue de caresser ses mollets. À la première personne, en voix off, au gros grain du super huit parfois, à hauteur de son regard, on suit l’itinéraire de Rachel vers ce chagrin dont ne sait rien, assistant à la victoire joyeuse de son enfance contre celle meurtrie de sa mère malaimée, contre celle tragique de son père rescapé d’Auschwitz. Avec sa copine Valérie, plus délurée, elle secoue les conformismes des adultes aidant ses parents à grandir. S’il y est question de mort, de filiation, d’éducation, d’amitié, de solitude, de cruauté, d’amour et de sexe, si on y pleure en entendant Barbara chanter que « parmi tous les souvenirs ceux de l’enfance sont les pires, ceux de l’enfance nous déchirent», le film de Carine Tardieu demeure drôle, servi par une fantaisie visuelle et verbale, ainsi que par un casting de choix : Agnès Jaoui en irrésistible caricature de mama juive, Denis Podalydès en installateur de cuisine Mobalpa, timide et décalé, Isabelle Carré en mère-copine post soixanthuitarde, Isabella Rossellini en psy d’Epinal, Judith Magre en grand-mère mortifère et surtout Juliette Gombert et Anna Lemarchand, les deux petites filles, étonnantes de précision et de maturité.

ELISE  PADOVANI

Juillet 2012

 

Sortie le 22 août

www.gaumont.fr