Madama Butterfly, une belle soirée comme on les aime aux Chorégies !

L’émotion au pied du mur !Vu par Zibeline

• 12 juillet 2016 •
Madama Butterfly, une belle soirée comme on les aime aux Chorégies ! - Zibeline

Orange ! On assiste à une belle soirée comme on les aime aux Chorégies… même si une laine s’impose dans la fraîcheur inaccoutumée pour une mi-juillet provençale.

Orange… où Madama Butterfly sonne comme un adieu ! Celui de la famille Duffaut… dont Nadine signe une nouvelle (et ultime?) mise en scène en des lieux si coutumiers. Son Puccini est élégant, aqueux et boisé, aux parfums d’orient, délicieusement japonisants… Les décors épurés (Emmanuelle Favre) se moulent au pied minéral du haut-mur antique, les costumes sont chatoyants (Rosalie Varda)… On y dresse de beaux tableaux, des espaces définis par des pontons exotiques où les protagonistes, héros du drame, et foule en chœurs, se meuvent joliment. Pas de transposition : on assiste a un Puccini classique, fort apprécié d’un public populaire venu en masse garnir les haut-gradins du théâtre.

Orange… et ses voix ! Le mélo est servi sur un grand plateau, scénique et vocal, ou Ermonela Jaho (Cio-Cio San) brille : beauté omni-présente pour un rôle écrasant, la soprano livre une incarnation inspirée et émouvante de la célèbre geisha, et passe aisément, malgré un timbre de voix somme toute assez léger, la rampe sonore de l’Orchestre Philharmonique de Radio France, sauf, à de rares exceptions, lorsque ce dernier se déchaîne fortissimo sous la baguette autoritaire par Mikko Franck. Bryan Hymel (Pinkerton) éprouve davantage de difficultés dans le combat qu’il livre avec le déferlement orchestral, ceci malgré une belle présence physique, un chant à l’émission saine. Marie-Nicole Lemieux (Suzuki) possède la dimension vocale appropriée au lieu, son contralto fait merveille et son interprétation est sensible, formidablement tragique. Marc Barrard (Sharpless), Carlo Bosi (Goro), Valentine Lemercier (Kate Pinkerton), Wojtek Smilek (le bonze), jusqu’à Christophe Gay (Yamadori) ou Pierre Doyen (le commissaire) complètent une distribution judicieusement ajustée à l’ouvrage.262

Orange… toujours vibrante ! On se souviendra avec émotion du final, superbement dessiné et servi vocalement, au moment du hara-kiri de l’héroïne, lorsqu’elle bande les yeux de son enfant (un remarquable jeune garçon qui joue avec un étonnant naturel !) et accomplit son geste fatal, aux cris de remords de son amour de marin américain et aux derniers accents douloureux de l’orchestre… De quoi faire pleurer huit mille personnes de concert !

JACQUES FRESCHEL

Juillet 2016

Madama Butterfly, le 12 juillet au Chorégies d’Orange

Photos © Philippe Gromelle

Prochain spectacle : La Traviata de Verdi sera représentée au Théâtre Antique les 3 et 6 août

Avec Diana Damrau, Placido Domingo… Mise en scène Louis Désiré

www.choregies.fr