"L'effondrement de l'empire humain", dix penseurs du ravage aux Éditions Rue de l'Échiquier

L’effondrement qui vientLu par Zibeline

En cette rentrée 2020 encore placée sous le signe du Coronavirus, il fait bon trouver, parmi les nombreux romans, des ouvrages propices à la réflexion sur l’avenir à court, moyen et long terme, parce qu’à l’évidence, chacun aura plus que jamais besoin d’y songer avec lucidité. Deux auteurs vivant en Corse du Sud, Manon Commaret et Pierrot Pantel, ont rassemblé les témoignages de dix penseurs de l’effondrement de nos sociétés telles qu’elles se sont développées, dans le ravage.

Leur objectif n’est pas de dresser un diagnostic des désordres mondiaux, ni de « diffuser une nouvelle catéchèse (…) suppliant l’humanité de se réveiller ». Il s’agit plutôt, en misant sur l’intelligence de leurs lecteurs, de proposer différents points de vue sur les années à venir, dans un monde où la biodiversité est en chute libre, le chaos climatique s’accélère, et la pollution empire. Parmi leurs interlocuteurs –Pablo Servigne, Jean Jouzel, Arthur Keller, Carolyn Baker, Yves Cochet, Nicolas Hulot, Vincent Mignerot, Nicolas Casaux, Isabelle Attard et Derrick Jensen-, des points de convergence, et bien des dissemblances. L’effondrement de l’empire humain les met côte à côte, les auteurs ayant pris soin de poser à chacun peu ou prou les mêmes questions : Comment se préparer ? Face à l’urgence, jusqu’où êtes-vous prêt à aller ? Ou encore Quelles sont les émotions que suscite chez vous l’effondrement ?

Certains répondent amplement, comme Arthur Keller, qui croit à un renversement possible des imaginaires par une communication progressive, amenant à se préparer « avec dignité, c’est à dire sur le mode de la coopération et non du carnage ». D’autres, de manière plus succincte, à l’instar du climatologue Jean Jouzel professant du bout des lèvres qu’il désapprouve la géo-ingénierie*. Voire désabusée : l’entretien avec l’ancien ministre Nicolas Hulot est plutôt émouvant, lorsqu’il évoque son rapport à la mort, ou déclare que « Nous arriverons, de gré ou de force, à la décroissance et chacun mène son engagement comme il le souhaite. Moi, je me sens obligé de tenir compte de la sensibilité des gens et de ce qui est recevable ».

Pas du tout l’opinion de l’américain Derrick Jensen, du mouvement Deep Green Resistance, selon lequel le pacifisme ne suffira pas à arrêter la destruction de la nature. Lui souhaiterait enrayer le fonctionnement de la société industrielle au moyen du sabotage. Son conseil pour espérer un avenir au vivant, humanité comprise, est convainquant : le protéger de toutes nos forces, « afin de préserver certaines possibilités (…) si les truites sont encore là dans dix ans, elles le seront peut-être encore dans cent ans. A contrario, toute extinction est définitive. La principale chose à faire est donc (…) d’accorder notre loyauté inconditionnelle au monde sauvage, et d’agir en fonction de nos talents, de nos affinités, de nos compétences. »

Isabelle Attard, docteure en archéozoologie, ancienne députée, se déclare elle aussi prête à aller jusqu’au sabotage ou au blocage d’usines, « mais en faisant en sorte de n’atteindre ni les hommes ni les animaux. C’est pour cela que je me suis rapprochée de la philosophie anarchiste. Il faut nommer, dénoncer les responsables et combattre. Je ne peux me contenter de trier mes déchets et de devenir autonome. Il n’y a chez moi aucune résignation et je veux être dans l’action. » Voilà qui est roboratif !

GAËLLE CLOAREC
Août 2020

* Techniques très controversées visant à manipuler et modifier le climat par la gestion du rayonnement solaire ou la capture de carbone.

L’effondrement de l’empire humain
Manon Commaret et Pierrot Pantel
Éditions Rue de l’Échiquier, 20 €