C'est Marseille, bébé. Les parisiens du Jamel Comedy Club bien accueillis au Mucem

Le zbeul* au MucemVu par Zibeline

C'est Marseille, bébé. Les parisiens du Jamel Comedy Club bien accueillis au Mucem - Zibeline

Durant le premier week-end de juillet, les espaces extérieurs du Mucem ont résonné de rires en salves. Un son qui fait du bien, déclenché par les parisiens du Jamel Comedy Club et les Marseillais du Garage Comedy Club. Lors de la soirée d’ouverture du SUM (Stand Up Mucem), le public était nombreux, enthousiaste, très jeune. La majorité reprenant, en joie, les paroles de Bande organisée, tube rap de l’été 2020, signé Jul, Soso Maness et Cie, diffusé comme amuse-bouche. « C’est pas la capitale (nan), c’est Marseille, bébé (pah, pah, pah) ». Une DJette carrée, Waka, tenait les platines, et parfois le micro, présence bienvenue dans une affiche au masculin pluriel.

Car les six artistes en piste ce soir-là –Samuel Bambi, Redouanne Harjane, Félix Dhjan, Ayoub Marceau, Rey Mendes et le Master of Ceremony Farid Chamekh– portent haut la testostérone. Il n’y a pas de mal à cela, même si les déhanchés suggestifs sont un poncif éculé. Mais on aimerait bien, un jour, voir un humoriste capable de faire des étincelles en traitant ses tendances misogynes avec autant d’autodérision qu’en s’attaquant au racisme. Dans ce registre-là, le Jamel Comedy Club est excellent : on peut y être juif, blanc, noir ou arabe, se vanner abondamment et se congratuler les uns les autres sans arrière-pensée.

À son crédit, il faut aussi ajouter une bonne gestion de l’ancestrale rivalité entre Paris et Marseille. Outre le tube sus-cité et les appels aux chants subtils des stades (« Paris, Paris, on t’encule ! »), Rey Mendes réussissait à faire rire sur un thème casse-gueule, l’exposition du Mucem Déflagrations, dessins d’enfants pris dans les conflits armés et les crimes de masse (jusqu’au 29 août). « Vous les Marseillais, vous cherchez un peu quand même. Le premier truc qu’on voit en arrivant c’est une fresque, des fleurs avec des kalashs. J’ai demandé qui l’a faite. On m’a répondu : des gosses ! » Et voilà comment on renforce involontairement l’image d’insécurité attachée à la cité phocéenne…

Deuxième point positif, significatif d’un changement important des mentalités, la place prise par l’écologie dans les sujets abordés. Très en verve, Samuel Bambi imitait la Terre déclarant à l’humanité « n’essayez surtout pas de me sauver, restons-en là, il vaut mieux qu’on se sépare », puis la planète Mars, susurrant d’un ton égrillard « ah oui venez, je veux bien tester, je n’ai encore jamais eu de relation avec les hommes ». Peut-être a-t-il eu le temps de visiter une autre exposition en cours au Mucem, sur la démesure de la civilisation capitaliste, à travers l’objectif de 110 photographes (Civilization. Quelle époque !, jusqu’au 15 août) ?

Sur tous ces aspects graves de notre époque, l’humour et l’intelligence sont plus que bienvenus. Et comme le disait Félix Dhjan en gambadant sur scène, « ça fait du bien de se dégourdir les jambes avant le reconfinement de septembre ». Et les zygomatiques, donc !

GAËLLE CLOAREC
Juillet 2021

* De l’arabe زبل, zebl’ (« fumier, ordure ») : désordre, chantier, bordel, foutoir, bazar.

Le Jamel Comedy Club s’est produit sur la place d’Armes du Fort-Saint-Jean le 2 juillet.

Photo : -c- G.C.