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Vu par Zibeline

Tchaïkovski mêlé à Stravinski, sous le regard de Peter Sellars, intensité lumineuse sur le Festival d’Aix-en-Provence

Le triomphe de la lumière

• 5 juillet 2015⇒19 juillet 2015 •
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Tchaïkovski mêlé à Stravinski, sous le regard de Peter Sellars, intensité lumineuse sur le Festival d’Aix-en-Provence - Zibeline

Iolanta de Tchaïkovski couplé à Perséphone de Stravinski, le pari était osé, quand on sait, qu’à la première, en 1892, Iolanta était précédé du Ballet Casse-Noisette ! L’opéra du maître russe évoque le chemin vers la lumière de la princesse aveugle Iolanta, fille du roi René. L’Orchestre national de Lyon, dirigé par Teodor Currentzis, est d’une grande rigueur, mais sait jouer des nuances expressives extrêmes. Une introduction sombre et agitée par les seuls vents, précède un moment de grâce : quatuor à cordes sur scène avec harpe en fosse.

Entourée de sa nourrice et de ses amies («Dors petite fille…»), Ekaterina Scherbachenko, Iolanta, soprano au timbre chaleureux, jeu subtil, révèle l’étrange poésie de l’œuvre. Dmitry Ulianov est un roi René impressionnant. Le médecin maure est le baryton Willard White, empreint d’humanité, voix large. Vaudémont, prince bourguignon, amoureux de Iolanta, ténor, est l’exalté Arnold Rutkowski. Les chœurs et la Maîtrise de Lyon sont excellents. La musique est d’un lyrisme étonnant. Mais que dire de la mise en scène de Peter Sellars et des lumières de James F. Ingalls : bouleversant d’intelligence et de beauté !

Perséphone de Stravinski s’inscrit dans la période néo-classique du compositeur. Mélodrame en trois tableaux pour récitant, ténor, chœurs, danseurs et orchestre, la musique s’appuie sur le poème d’André Gide qui a quelque peu vieilli. Dominique Blanc est Perséphone, fille de Déméter (déesse des récoltes et des moissons) et de Zeus, enlevée par Pluton qui en fait son épouse et la reine des Enfers. La comédienne est habitée par le personnage, déclame -son amplifié- son texte en jouant. Eumolpe, fils de Poséidon, narrateur de l’action, est le déchirant ténor américain Paul Groves ; les danseurs Sathya Sam (Perséphone), Pluton (Chan Sithyka Khon) impriment une gestique rituelle de chœurs antiques (Hymnes à Déméter).

La musique de Stravinski est acérée, directe, percussive. Les lumières de James F. Ingalls sont toujours aussi exceptionnelles. Peter Sellars rend contemporain ce texte en nous faisant réfléchir sur notre propre condition. Perséphone choisit les Enfers, pour écouter la souffrance de ses habitants, puis revient sur terre partager l’alternance des saisons. Écoutons Sellars : «Alors que nous traversons une période où les génocides sont récurrents, ces mots et cette musique ont une sonorité obsédante. Au début du XXIe siècle, nous avons triplé la pauvreté en une génération et détruit l’agriculture… Notre civilisation a besoin de toute urgence d’un nouveau sacre du printemps.»

YVES BERGÉ
Juillet 2015

Iolanta/Perséphone a été joué le 5 juillet, au GTP, dans le cadre du Festival d’Aix-en-Provence

Photo : Iolanta © Pascal Victor


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