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Moi, la fin du monde, le prix de l’essence et le temps qu’il fera

Le temps de l’action

Moi, la fin du monde, le prix de l’essence et le temps qu’il fera  - Zibeline

Jean-Marc Jancovici a décidément changé la vie d’Antoine Raimondi. « Bousillé ! », annonce le comédien avec un sourire doux amer. C’est en effet après avoir assisté à une conférence donné par cet ingénieur en 2008 autour du réchauffement climatique, que la vie du comédien, déjà sensibilisé à de nombreuses causes, a définitivement basculé. L’urgence était déjà exprimée dans Ce qui m’est dû de la Débordante Compagnie, très beau spectacle qui présentait, en mots et en gestes, l’entrée en militantisme de sa compagne, la danseuse Héloïse Desfarges. Mais, frustré de ne pouvoir y délivrer la totalité des informations récoltées au cours de ses recherches, ce circassien de formation (notamment metteur en scène du spectacle, Mal(e) en 2012, qui évoquait les injonctions sociales faites aux hommes), décide finalement de formaliser cette nouvelle prise de parole. Il prévient l’auditoire dès le départ : nous n’allons pas assister à un spectacle, mais à une conférence plus ou moins gesticulée abordant, comme son nom l’indique de manière faussement guillerette, « le prix de l’essence et le temps qu’il fera ». Sans cesse réactualisé, son argumentaire s’articule avant tout autour du nerf de la guerre : les sources d’énergie. Le propos, très dense, se déverse telle une cascade. Avec ses mots, ses clins d’œil et ses power point, le comédien en appelle à l’image du Rubik’s Cube pour expliquer les divers mécanismes impliqués dans le réchauffement climatique : croissance démographique, gaz à effet de serre, création de l’OMC… Il s’attelle aussi à l’explication de concepts méconnus, tels le taux de retour énergétique (TRE), désignant le taux – croissant – de pétrole à investir, pour une récolte en baisse. Le constat est évidemment sans appel. Comme le souligne l’orateur, chacun y apprendra plus ou moins, selon son état de connaissances sur le sujet. Il s’agit avant tout d’un témoignage à hauteur d’homme, émaillé des étapes qui ont jalonné sa propre prise de conscience : la déprime, puis la colère comme moteur, plutôt que le déni. Jusqu’à son statut actuel de jeune père, qui ne perd pas espoir mais décide de prendre la route (en vélo si possible) pour fédérer les énergies. La conférence s’achève par des conseils pragmatiques – habitudes quotidiennes pour réduire son bilan carbone, sensibilisation sur les circuits alternatifs… Elle se complètera habilement de lectures telles que Comment tout peut s’effondrer, de Pablo Servigne et Raphaël Stevens, ou de Jeremy Rifkin, qui préconisait dès 2011 une Troisième révolution industrielle : « Les difficultés des banques sont une conséquence de la crise pétrolière, et plus globalement de l’épuisement de la deuxième révolution industrielle, qui reposait sur les énergies fossiles. Sortir de la crise impose de changer radicalement de paradigme. »

JULIE BORDENAVE
Octobre 2018

Moi, la fin du monde, le prix de l’essence et le temps qu’il fera s’est joué à la Médiathèque intercommunale d’Istres le 27 octobre, dans le cadre de Lecture par nature.

Photo : Lecture par nature2 ©JB