Journal Zibeline - bannière pub Journal Zibeline - bannière pub Journal Zibeline - bannière pub

La guerre des pauvres d'Éric Vuillard chez Actes Sud

Le soulèvement de l’homme ordinaire

• 14 mars 2019 •
La guerre des pauvres d'Éric Vuillard chez Actes Sud - Zibeline

Éric Vuillard, lauréat du prix Goncourt 2017 avec L’ordre du Jour, nous revient avec un texte court, intense et vif : La guerre des pauvres. En 1525, à l’époque de la Réforme protestante, une partie du peuple se soulève en Allemagne contre les privilèges des puissants avec à sa tête un leader, Thomas Müntzer, théologien réformé de première importance et qui a sans doute la conscience sociale la plus alerte. Des impôts qui rendent exsangue dans une structure sociale inégalitaire, une étincelle de trop et le peuple s’embrase dans un mouvement hétéroclite composé de paysans, de mineurs, d’artisans, de petits commerçants. Les batailles se succèdent, la répression est sanglante.

l’important, c’est la lutte, écrite autant qu’armée. « Omnia sunt communia », « Toutes choses sont communes » : voilà l’un des mots d’ordre déroulé par Thomas Müntzer au fil d’une prose impétueuse, ardente. Il cite Daniel « Le pouvoir sera donné au peuple ». Il cite Jean, Luc, les psaumes. Toute pensée s’inscrit dans une époque, un contexte. Celle de Müntzer s’inscrit dans la lecture littérale des textes religieux pour démontrer que l’oligarchie n’en respecte pas les principes et pour y chercher la légitimité d’un soulèvement populaire pour l’instauration de l’égalité sur terre.

Il écrit en langue vulgaire, prêche en allemand, s’insurge contre princes, pape et prélats. Aujourd’hui, les structures sociales ont changé, mais les inégalités demeurent. Elles sont de plus en plus criantes, et l’écho de ce texte nous parvient dans une actualité brûlante où les Gilets Jaunes se livrent à une résistance contre le discours d’un pouvoir qui assume l’injustice sociale d’une manière décomplexée qui flirte avec l’indécence. Dans les processus insurrectionnels, quelque chose se répète, revient, insiste, dans une exigence de liberté et d’égalité. La séquence n’est pas close. Le récit d’Éric Vuillard non plus : il est inachevé, parce que « seule est souhaitable la victoire ». L’auteur la racontera, un jour prochain, comme une déflagration. Ce texte, fulgurant, épique, est un recours à l’Histoire pour parler du présent.

MARION CORDIER
Avril 2019

Éric Vuillard était invité à la librairie L’odeur du temps le 14 mars pour la présentation de son récit La guerre des pauvres.

La guerre des pauvres
Éric Vuillard
Actes Sud 8,50 €