Les Roses de la Terre ouvrent le festival Musi’terranée

Le souffle des roses

Les Roses de la Terre ouvrent le festival Musi’terranée - Zibeline

Le festival Musi’terranée s’ouvrait avec une pépite nouvelle. Les deux immenses musiciennes Françoise Atlan et Shadi Fathi, pour la première fois réunies sur un même projet, offraient un délicat mélange de morceaux choisis où nostalgie d’Al Andaluz, poèmes persans, mélodies des trobairizt et extases d’Hidegarde Von Bingen croisent leur univers.  Quelques accords du shourangiz de Shadi Fathi, puis la voix nue de Françoise Atlan s’élève. Temps en épure où les histoires éclosent du phrasé sobre, et les modulations, loin d’être de futiles ornements, ajoutent au sens. « Ô gens d’Andalousie, ne regrettez pas vos fontaines, car elles restent à l’intérieur de vous ! ». La musique porte les marques du souvenir, recueil précieux d’émotions qui ont été. Les attaques et les tremolos du shourangiz semblent préfigurer celles qui caractériseront la guitare flamenca… héritages qui se mêlent, se fondent, et livrent de nouvelles gemmes. La joie se décline avec enthousiasme, s’enchaîne en un même souffle, que rythment les percussions, tambourin, bendir… Les deux musiciennes, complices, évoquent les tourments d’amours que le chant apaise, le mécontentement des « sages » qui voudraient voir l’amoureux quitter le chemin de la taverne… Foin de l’austérité ! Plonger dans les souvenirs des instants passés auprès de son amoureuse le comble ! Et le shourangiz mutin, exulte. Après un détour espiègle par une chanson populaire à tiroirs en deux versions, l’une aux riches improvisations, l’autre se plaisant aux accumulations, on écoute les chants des oiseaux qui seuls sans doute savent dire ce qu’est la vérité… et l’amour trouve encore de nouveaux élans, « je suis le vin, il est la coupe » murmure l’aimée… L’être se voit en proie à quelque chose qui le dépasse, et le thème ressassé, envoûtant, jouant entre demis et quarts de ton, bruit avec une intensité bouleversante, la voix de l’instrumentiste rejoint celle de la chanteuse. Un air d’allégresse clôt le concert, fête animée et espiègle… Si la douceur pouvait un jour réinventer le monde, elle aurait sans doute ces accents.

MARYVONNE COLOMBANI
Octobre 2018

Le concert Les Roses de la Terre a été donné en l’église du Saint-Esprit, Aix-en-Provence le 19 octobre, en ouverture du Festival Musi’terranée.

Photo : © Magali Villeret