Ceux qui travaillent, premier film d'Antoine Russbach, en salles à partir du 25 septembre

Le sale boulot

Ceux qui travaillent, premier film d'Antoine Russbach, en salles à partir du 25 septembre - Zibeline

Le premier long-métrage d’Antoine Russbach a connu un succès critique certain dans son pays d’origine, où il a remporté, entre autres, le titre de meilleur film aux Prix du cinéma suisse. Sa sortie en France, près d’un an plus tard, a de quoi secouer les habitudes du cinéma français et du film social. Le talent du jeune réalisateur ne fait aucun doute, de même que sa capacité à s’emparer de grands sujets et à les traiter sans fausse candeur. Si Ceux qui travaillent ne laisse pas une minute de répit au spectateur, c’est bien parce qu’Antoine Russbach ne craint pas d’y montrer un monde souvent éludé ailleurs. Le génial et polymorphe Olivier Gourmet se glisse ici dans la peau de Frank, un cadre supérieur officiant dans le fret maritime, et amené à y perdre sa place à la suite d’une faute irréparable. Accolée au moindre mouvement de l’acteur, la caméra scrute les indices d’un repentir, d’une quelconque grâce. Mais le monstre Frank se dévoile moins autodidacte qu’aliéné par le monde qui l’entoure : il est à la fois un moteur et un produit de la société qu’il pérennise. C’est ainsi dans la complicité des pairs et autres interlocuteurs de Frank, tour à tour horrifiés par son geste et terrifiés à l’idée de se défaire de lui, que Ceux qui travaillent se révèle le plus terrassant. Le regard du cinéaste se refuse à condamner son personnage, et préfère lui accorder une véritable empathie, dénuée pourtant de sympathie : comment, en effet, dénoncer un monde sans pour autant prendre le temps de le comprendre ? Ce postulat moralement inconfortable pourra s’apparenter pour certains à une absence de point de vue, ou du moins à une forme de facilité ou d’inconséquence, de celles qui préfèrent pointer du doigt les maillons du système plutôt que de prendre position. Ce miroir tendu au spectateur est peut-être déformant : il n’en est pas moins, cependant, nécessaire.

SUZANNE CANESSA
Septembre 2019

Sortie en salles le 25 septembre
Ce film a été montré en avant-première au Cinéma César

Photo © 2019 Condor Distribution

Cinéma Le César
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