Spectacle partenaireVu par Zibeline

« Du piano !!! » en trois récitals de Marie Vermeulin et Vanessa Wagner au Festival de Chaillol.

Le sacre du piano !

• 22 juillet 2016 •
« Du piano !!! » en trois récitals de Marie Vermeulin et Vanessa Wagner au Festival de Chaillol. - Zibeline

C’est une journée exclusivement consacrée au piano qu’on avait programmée à Montmaur, le 22 juillet, dans le cadre du 20è anniversaire du Festival de Chaillol. Michaël Dian avait laissé « carte blanche » à deux belles artistes, brillant dans le fleuron du piano français actuel : elles l’ont jouée pleinement, cette carte, en offrant au public trois récitals s’emboîtant, de 17h à 23h, dans la somptueuse salle du château bordant le Buech. Et ce fut un bouquet de grandes partitions couvrant près de deux siècles d’histoire !

C’est d’abord Marie Vermeulin qu’on a entendue dans un répertoire résolument tourné vers le 20è siècle : un programme bien pensé, partant d’un brelan d’Etudes de Debussy dont le langage a influencé le jeune Olivier Messiaen à la fin des années vingt ! Dans unMessiaen_CD répertoire qu’elle affectionne (on ne saurait conseiller ses enregistrements : Debussy gravé au Printemps de Arts de Monte-Carlo et Messiaen chez Paraty), la musicienne a livré une intégrale des Huit Préludes de Messiaen avec un geste large, une sensibilité vibrante, un engagement puissant qu’on a notamment apprécié… tout comme un opus d’un disciple du maître. En effet, La dormeuse des oiseaux de nuit d’Alain Louvier a constitué, de par ses jeux de résonances vaporeuses, des éclairs nocturnes, mélodieux, contrastant avec des lignes étales et apaisantes, une belle découverte.

Prenant la main quelques minutes plus tard, Vanessa Wagner a, quant à elle, joué une carte plus classique, mais fort judicieusement placée sur un tapis jusqu’alors «  moderniste ». Dès les premières notes de la Fantaisie en ré mineur de Mozart, on a senti l’intention de la pianiste d’en révéler la théâtralité… et c’est dans cette même optique qu’elle a joué une partition peu fréquente, signée Muzio Clementi. Sa Sonate op. 50 n°3 « Didon abandonata », d’essence dramatique, alterne de somptueux mouvements lents et des pages alertes, virtuoses, jusqu’au final filant à mille doigts… Et lorsque la pianiste a conclu, avec une fougue, par Bénédiction de Dieu dans la solitude et Funérailles de Liszt (Harmonies poétiques et religieuses), l’éventail théâtral s’est ouvert davantage pour offrir une toile épique… qui fut chaleureusement applaudie !

Le soir tombant, les deux artistes sont revenues pour unir leur talent… à quatre mains ! Après Visions d’orient de Schumann, œuvre rare déployant une atmosphère festive et orchestrale, on a été touché d’emblée par la tendresse mélodique de Schubert et sa Fantaisie en fa mineur. L’assistance, en quelques notes, fut placée sous le charme du magicien viennois…Fichier_000

Puis vint l’instant attendu : un morceau de bravoure du piano moderne dans l’exercice du quatre mains : Le Sacre du printemps de Stravinski ! Et ce fut une apothéose sonore, tonitruante, sauvage… C’est l’orchestre bien sûr qu’on a ouï, se détachant du clavier en motifs obsédants, percutants… et tout une rythmique démesurée, furieuse, laissant la place, par moments, à d’abyssales plaintes, hypnotiques… Une interprétation qui n’a pas fait voler les chaises, comme lors de la mémorable création du ballet au Châtelet parisien en 1913, mais déclenché des bravos et vivats amplement mérités !

JACQUES FRESCHEL

Juillet 2016

« Du piano !!! » – Marie Vermeulin et Vanessa Wagner

Château de Montmaur (qui propose une saison culturelle de juin à septembre http://cedra.hautes-alpes.fr)

Festival de Chaillol, jusqu’au 12 août!

www.festivaldechaillol.com

Photos : Alexandre Chevillard & Marie-Anne Baillon (entrée du Château de Montmaur)

CD Messiaen/Paraty