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La pièce Vollmond de Pina Bausch, entre danse et théâtre, inonde de bonheur le Grimaldi Forum à Monaco

Le rocher et son double

La pièce Vollmond de Pina Bausch, entre danse et théâtre, inonde de bonheur le Grimaldi Forum à Monaco - Zibeline

Jean-Christophe Maillot le précisait avec force lors de la représentation des Inattendus le 11 décembre dernier, le Grimaldi Forum n’est pas la salle réservée aux Ballets de Monte Carlo, mais se veut une fenêtre ouverte sur le monde et la création. Ainsi, les danseurs du Tanztheater Wuppertal de Pina Bausch avec lesquels des liens étroits se sont noués, revenaient du 18 au 20 décembre pour l’une des dernières œuvres de la créatrice du concept de danse-théâtre ou théâtre de danse, Vollmond. Une standing ovation accueillait cette ‘Pleine Lune’ dans la salle des Princes du Grimaldi forum. Esthétisme et abstraction se pimentent d’humour avec les interventions très ‘music-hall’ de Nazareth Panadero, sa voix rauque et grave aux intonations espagnoles : « Je me suis faite belle pour la photo. Tu peux m’embrasser sur la joue, sur le front, sur l’épaule, sur la bouche. Ça dépend de ce qu’on veut… », ou encore, laissant une chaise solitaire sur la scène, « Les fantômes aussi ont le droit de s’asseoir de temps à autre ». Dans un clair-obscur irisé des nuances des longues trames d’eau qui tombent en pluie serrée des cintres, un énorme rocher repose, étrange et lunaire, baigné d’une idée de rivière qui, invisible au début, devient le lieu de passage, de traversée, de station, délimitant premier et arrière-plan. L’eau se décline sous toutes ses formes, cours d’eau, pluie, versée par des bouteilles en plastique, crachée, jetée, coulée, éclaboussée, lancée, dispersée en feu d’artifice… Hommage aux éléments, à la vivacité créatrice, saisissante énergie dans la scénographie de Peter Pabst, pris entre un chant des origines et les références au monde contemporain monté sur talons hauts et robes de soirée. Les chevelures longues des femmes aux robes fluides, prennent vie, se gorgent d’eau, la projettent… Les couples se forment et se défont, les soli apportent leur fougue poétique à ce mouvement que rien ne semble pouvoir tarir. Il n’est pas nécessaire de chercher une cohérence, ou une signification autre que ce qui nous est donné à voir. Se laisser emporter au fil des saynètes, subjuguer par la beauté des gestes, tout de maîtrise subtile, sur une partition musicale percutante et dynamique. Les danseurs ont dépassé ici le stade où il semble important de montrer que l’on possède la grammaire de la danse. La technique est là, bien sûr (la précision des attitudes, des gestes, jusque dans les glissades aquatiques, est suffisamment éloquente), mais l’essentiel est théâtral, envoûtant, refusant de considérer le feu d’artifice de l’ensemble des danseurs sur scène, -éblouissants de verve-, comme un final, mais revenant en un délicat flash-back sur les images-clé de ce qui s’est passé depuis le début du spectacle. On est saisi, transporté, emporté dans ce grand moment de pure beauté.

MARYVONNE COLOMBANI
Décembre 2015

Spectacle Vollmond vu le 19 décembre, Monaco

Photographie Ttvm1 184(Vollmond / Sylvia Farias Heredia) Copyright Laszlo Szito


Grimaldi Forum
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