Vu par Zibeline

Abdel Rahman El Bacha au Palais Neptune dans le cadre du Festival de Toulon

Le retour de l’homme aux doigts d’or

• 11 mars 2014 •
Abdel Rahman El Bacha au Palais Neptune dans le cadre du Festival de Toulon - Zibeline

Le Festival de Toulon, qui semble s’en être fait une spécialité ces dernières saisons, n’a pas résisté à l’envie de programmer une nouvelle fois, le 11 mars, Abdel Rahman El Bacha dans sa série de concerts «Grand Piano à Neptune». Une fois de plus, le pianiste franco-libanais a exalté son auditoire en donnant une prestation qui pourrait faire office de référence en la matière. Dans les Sonates n° 14 et 21 de Beethoven, sa parfaite maîtrise des dynamiques et son assise rythmique ont fait mouche. La musique imposante et virtuose du viennois semblait à l’évidence en avance sur son temps tant elle préfigurait les excès futurs du répertoire pianistique romantique, en offrant au piano transcendé par la technique une dimension «orchestrale» où le fond semblait déjà primer sur la forme. L’artiste semblait y être à son aise et sa lecture de ces monuments de la littérature musicale les grandissait encore un peu plus. En deuxième partie, des œuvres de Maurice Ravel, certes moins prolifique mais tout aussi original, furent offertes à la dégustation. Dotées d’une saveur mélodique moins évidente, car plus libre, mais de couleurs harmoniques évoquant avec poésie des images presque «impressionnistes», des pièces telles Gaspard de la nuit et Jeux d’eau où la métrique vole en éclats dans une profusion de timbres grâce à l’alternance des nuances et des modes de jeu, furent interprétées avec une dextérité rare pour clore un concert d’exception où l’artiste a encore tutoyé les sommets.

ÉMILIEN MOREAU
Mars 2014

Ce concert a été donné le 11 mars au Palais Neptune, Toulon

Photo : Abdel-Rahman-El-Bacha-c-Alix-Laveau