Mustang de Deniz Gamze Ergüven de la Quinzaine des Réalisateurs à L'Alhambra Ciné Marseille

Le regard de la méduse

• 27 mai 2015⇒1 juin 2015, 17 juin 2015⇒27 juin 2015 •
Mustang de Deniz Gamze Ergüven de la Quinzaine des Réalisateurs à L'Alhambra Ciné Marseille  - Zibeline

Comme une hydre ou une méduse, elles sont cinq, indissociables. On ne voit d’elles, au début, que de longues chevelures flottantes, des airs altiers, des corps graciles, sans les différencier. A peine note-t-on la plus petite taille de l’une d’elles. C’est elle qui est la plus émue, en cette fin d’année scolaire, par le départ de son institutrice qui va rejoindre Istanbul.

C’est ainsi que commence Mustang de la réalisatrice Deniz Gamze Ergüven, née à Ankara, formée à la FEMIS. Souvent elle va montrer les corps enchevêtrés de ses cinq héroïnes, mèches de cheveux qui s’entrelacent, jambes qui s’entremêlent, visages réunis dans le plan comme dans un kaléidoscope. A la fin de ce dernier jour d’école, vêtues de l’uniforme sévère des écoliers turcs, elles décident de renoncer au car de ramassage scolaire et, avec leurs copains, rentrent chez elles en longeant le rivage. Paysage sublime de la mer Noire du côté d’Inebolu, collines verdoyantes, maisons traditionnelles de bois perdues dans la végétation. La plage et la mer deviennent un immense terrain de jeu, on plonge tout habillé, on organise une parodie de tournoi, les filles grimpant sur les épaules des garçons, cherchant à faire chuter l’adversaire dans l’eau. Arrivées dans l’imposante maison familiale où elles sont élevées par leur grand-mère depuis la mort de leurs parents, elles comprennent douloureusement comment ces jeux innocents ont été interprétés et rapportés par une voisine rigoriste. « Ces cochonnes se sont branlées sur le cou des garçons ! »  Dès lors, leur réputation est entachée et on emploie les grands moyens. Examen médical de virginité, organisation de mariages, transformation de la maison en véritable prison forteresse. La méduse perd son unité, malgré ses tentatives de libération (dont un succulent match de foot où ne sont admises que les femmes puisque les hommes ne savent être que violents). Elles ont beau dénoncer les vêtements « couleur de merde » qu’on leur impose, dès lors, Lâle, Selma, Nur, Ece, Sonay verront leur sort traité au cas par cas sous l’autorité de leur inquiétant- à juste titre– oncle Erol. A chacune son destin ! Le scénario nous propose toutes les solutions. Désespérantes parfois, confiantes d’autres fois, en particulier dans le rôle de l’enseignement.

Ce film, qui a beaucoup marqué la Quinzaine des Réalisateurs, est un manifeste sidérant pour la liberté des femmes dans un pays où, comme ailleurs, la régression menace. Il nous parle aussi de ce mythe de la méduse qui, sur la sexualité féminine, n’a laissé indifférents ni Freud, ni Lacan, ni Jung, ni Ferenczi. Ce Mustang est indéniablement passionnant.

ANDRÉ GILLES
Mai 2015

Crédit photo : Ad Vitam

Mustang de la réalisatrice Deniz Gamze Ergüven fait partie de la reprise de la Quinzaine des Réalisateurs à l’Alhambra Ciné Marseille et sera programmé le 27 mai à 16h45, le 30 à 21h30 et le 1er juin à 18h 30

Le film sortira en salle le 17 juin 2015

 


Alhambra
2 rue du Cinéma
13016 Marseille
04 91 46 02 83
http://www.alhambracine.com/