Vu par Zibeline

"Le regard de Charles", un film de Charles Aznavour et Marc di Domenico

Le regard de Charles

En 1948, Édith Piaf offre à Charles Aznavour sa première caméra. Cette petite portative l’accompagnera jusqu’en 1982 au fil de ses nombreux voyages, tournées et successives escapades amoureuses. Le jeune réalisateur Marc di Domenico s’est plongé avec le chanteur dans ces archives précieuses, témoignages d’une époque foisonnante, de rencontres marquantes et propices à un récit de soi peu commun. Des extraits de différents entretiens et autres textes, lus par Romain Duris, accompagnent les vidéos, secondés par les plus grands tubes du chanteur, sélectionnés avec un à-propos certain. Simple et efficace, ce canevas biographique s’enrichit cependant par endroits d’autres idées de mise en scène plus audacieuses : ce moment de vie en groupe illustré par une prestation live de l’artiste, bon pianiste mais surtout bon improvisateur puisque capable d’une complicité rare avec ses musiciens. Le regard de Charles s’avère enfin particulièrement intéressant lorsqu’il se perd dans les rues bondées, sur les rives que le chanteur accoste, et transforme la bête de scène Aznavour en spectateur silencieux. Lorsqu’on le devine scrutant les jeux des enfants, les tâches ingrates ou physiques auxquelles s’attellent les ouvriers et artisans, circonscrivant les espaces intimes en espérant ne pas être vu. Entre chaleur familiale et tourment de l’émigration, l’inconnu déchiffré semble toujours renvoyer à un surgissement involontaire de l’enfance. Et c’est dans cette capacité à toujours retrouver dans l’étrangeté un peu de soi que Le regard de Charles émeut le plus.

SUZANNE CANESSA
Septembre 2019

Le regard de Charles est sorti le 2 octobre (1 h 23)

Photographie © Marc di Domenico