Vu par ZibelinePour le reste on verra : une atmosphère particulière de Mireille Guerre aux Bernardines à Marseille

Le ravissement de Mireille Guerre

Pour le reste on verra : une atmosphère particulière de Mireille Guerre aux Bernardines à Marseille - Zibeline

L’équipe qui a donné son âme aux Bernardines prend sa retraite. Mireille Guerre en profite pour peaufiner un adieu théâtral : elle en fait un spectacle. Non pas un historique plus ou moins chronologique, ça ne lui ressemblerait pas. Plutôt une succession d’émotions, de ressentis. Une atmosphère qui lui appartient. Pour cela elle a réuni trois comédiens-danseurs qui se sont prêtés au jeu (dans tous les sens du terme) et elle les a observés dans des improvisations, des esquisses. Des mots, des mouvements se sont alors dessinés. Au point qu’elle raconte qu’à un moment elle s’est senti presque étrangère. Aussi s’est-elle mise sur le plateau comme une spectatrice de son propre spectacle, de son parcours de femme, de comédienne. Elle semble plongée tout le long dans une sorte de « ravissement », et ce mot emprunté à Duras lui convient bien.
Au début le plateau est occupé par 45 chaises. Mireille Guerre rentre dans l’obscurité, s’assoit. Elle nous observe longuement d’un regard bienveillant, le visage éclairé d’un imperceptible sourire. Un texte surgit, une réplique de la Marquise de Merteuil dans Les liaisons dangereuses, un rôle que Mireille Guerre a interprété jadis et qu’Arnaud Saury enchaîne depuis les coulisses. Les deux comédiennes rentrent ensuite. Tous sont assis et nous regardent. Les déplacements vont alors se succéder au milieu des chaises qui sont traînées, déplacées, couchées, empilées, telles des jalons, ceux de notre existence. Autant d’obstacles à franchir, à partager… Valentina Bechi glisse comme une statue sur son socle tandis que Raffaella Giordano s’emballe parfois dans des déplacements saccadés. La bande son de Thomas Fourneau accompagne judicieusement gestes et mots, pour finir par le quatuor de La jeune fille et la mort. Une fin comme une apothéose avec le très beau texte de Suzanne Joubert sur une certaine impossibilité de raconter des histoires, la danse de Raffaella dans un grand peignoir vert et la dernière image de Mireille qui tricote une énorme pelote de laine verte. Pour le reste ? On verra…Ainsi va le fil de la vie.
CHRIS BOURGUE
Avril 2015

Pour le reste on verra a été joué du 7 au 11 avril aux Bernardines, Marseille

Photo : Pour-le-reste…-c-Thomas-Fourneau

Théâtre des Bernardines
17 Boulevard Garibaldi
13001 Marseille
08 2013 2013
http://www.lestheatres.net/