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La ZAD c’est plus grand que nous, de Thomas Azuélos et Simon Rochepeau, aux Éditions Futuropolis

Le printemps des embrouilles

La ZAD c’est plus grand que nous, de Thomas Azuélos et Simon Rochepeau, aux Éditions Futuropolis - Zibeline

8 février, la Réserve à Bulles, vernissage de l’exposition de Thomas Azuélos consacrée à sa toute nouvelle BD, La ZAD c’est plus grand que nous. Aux murs, des reproductions grand format de certaines planches, quelques dessins et schémas préparatoires, ainsi qu’un diaporama, qui égrène en boucle les souvenirs photographiques des semaines passées dans le bocage avec les zadistes de Notre-Dame des Landes. C’est Simon Rochepeau, coscénariste de l’album, qui a proposé le projet à Thomas Azuélos. Premières discussions, première étape de scénario. Et puis rien. Thomas tourne en rond…jusqu’à ce qu’il aille passer un mois sur le site. Une expérience de chantier et d’humanité qui a tout remis en question et lui a permis d’écrire enfin cette histoire qui lui tenait à cœur, mais qu’il ne savait pas par quel bout prendre. De parvenir, tout en respectant un certain nombre d’éléments (et une chronologie) documentaires, à créer une fiction véritable, avec une vraie dramaturgie. Il se concentre sur novembre 2012-printemps 2013, une période tumultueuse où, après les grandes opérations de gendarmerie, les zadistes  ont dû s’atteler à « construire les raisons de vivre ensemble, en dehors de la lutte contre la police ou l’Etat ». Pas facile d’inventer un monde nouveau, avec des groupes aux intérêts divergents : paysans, antispécistes, écologistes, anarchistes… Ce sont de ces tentatives que la BD rend compte, avec une poésie et une empathie certaines. D’un groupe effervescent, parfois ingérable, émergent des figures attachantes : Cloé alias Fleur de Compost, Yann et Kat, Caillou, Gildas, toutes fictives mais si vraies. Et dans le tourbillon d’événements, de manifestations, d’AG parfois confuses (dont le rythme des vignettes et les couleurs témoignent), l’œil se repose sur d’amples doubles pages, comme autant de respirations oniriques. On croise aussi, au hasard de ces 205 pages épiques, une linotte mélodieuse, un lézard vivipare, et même une « salamandra fucklaeroportum » ! Car la ZAD c’est aussi cela : un espace naturel propice à la diversité… et à l’imagination. La BD de Rochepaud et d’Azuélos est donc tout sauf un tract pour la ZAD. Plutôt l’utopie dessinée de ces gens qui essaient de faire de leur « diversité une force », de « fabriquer [leurs] vies » au lieu de les subir.

FRED ROBERT
Mars 2019

Thomas Azuélos était invité le 8 février à la librairie La Réserve à Bulles (Marseille) pour présenter son album. L’exposition est visible jusqu’en mars.

La ZAD c’est plus grand que nous
Récit : Thomas Azuélos et Simon Rochepeau  Dessin : Thomas Azuélos
Éditions Futuropolis    25 euros