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Ouverture du Printemps de la francophonie à La Criée, le 12 mars, avec Gauz et Médéric Gasquet-Cyrus

Le printemps de la francoquoi ?

• 12 mars 2016 •
Ouverture du Printemps de la francophonie à La Criée, le 12 mars, avec Gauz et Médéric Gasquet-Cyrus - Zibeline

Le linguiste Médéric Gasquet-Cyrus et l’écrivain Gauz, ont débattu au Théâtre La Criée pour un événement sujet à controverse.

C’est sur un mode polémique et incisif que Gauz a pris la parole le 12 mars lors d’une rencontre intitulée : La littérature francophone n’a pas de frontières… Parce que le terme de francophonie, aux allures de nostalgie coloniale, provoque derechef des allergies langagières et parce qu’il porte en lui de manière inexorable le mouvement ascendant et multiséculaire de la France sur le reste du monde. Pour l’auteur, né et vivant en Côte d’Ivoire, il y a là mépris et méprise : Canadiens, Ivoiriens, Maliens, Sénégalais, Wallons parlent et écrivent français au même titre que ceux qui peuplent l’hexagone, un français qu’ils ont d’ailleurs enrichi. Loin des règles académiques austères, des joutes orales des rues d’Abidjan naît une langue joueuse, rieuse et renouvelée. Le langage de Gauz est imprégné de contes, de marabouts, de sept langues journalières, des nuits de sa mère, d’une africanité dans le français bien vivante et qui préfigure le monde de demain. Il évoque Céline, Romain Gary et Ahmadou Kourouma, leur obsession pour le rythme, l’évolution du style en fonction de leurs œuvres. À l’écrit, le texte, ou plutôt le contexte impose sa langue : pour son prochain roman, il cherche celle d’un Français du dix-neuvième siècle qui aurait passé dix ans en Afrique.

Médéric Gasquet-Cyrus, sociolinguiste, souligne le caractère hyperbolique et la vacuité du mot « excellence » servi à toutes les sauces, rappelle que l’oralité est le code premier d’une langue qui n’existe que dans le réel et le vécu des gens, aborde le mythe de Marseille-Babel, mythe devenu topos littéraire et qui n’est vrai qu’en partie si l’on tient compte de l’organisation des langues, montrées ou cachées dans l’espace social. Sur Pagnol les avis divergent : si son oeuvre est bien plus qu’un cliché pour le sociologue, pour le romancier, sa trilogie marseillaise est caricaturale et emprunte des raccourcis régionalistes.

MARION CORDIER
Mars 2016

L’événement a eu lieu le 12 mars dans le cadre de la journée d’ouverture du Printemps de la francophonie organisée par la Ville de Marseille.

Gauz, auteur d’un premier roman très remarqué Debout-payé, est en résidence d’écriture à Peuple et Culture Marseille jusqu’à fin mars et a été en rencontre croisée avec Laurent Bonneau à La Réserve à Bulles le 25 mars.

photo : © Amandine Tamayo

 


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