Journal Zibeline - bannière pub Journal Zibeline - bannière pub
Spectacle partenaireVu par Zibeline

20ème édition des Joutes Musicales de Correns : la musique en partage

Le printemps à Correns

20ème édition des Joutes Musicales de Correns : la musique en partage - Zibeline

Indubitablement musical, le printemps est lié depuis vingt ans aux Joutes Musicales, point d’orgue des travaux du Chantier, cette structure atypique, et sans doute unique en France, qui tout au long de l’année propose ateliers, actions pédagogiques, résidences d’artistes, valorisant créations et éclectisme des formes esthétiques… Sur trois jours plus de quarante concerts, dont neuf créations du Chantier, véritable laboratoire où s’élaborent les « traditions actuelles », si l’on ose l’oxymore. Le « folklore » correspond à une réalité vécue, et « actuelle » en son temps… Loin de s’enfermer, les musiciens usent des formes, des codes, se les approprient, les remodèlent, les transforment, ouvrent des perspectives neuves, des points de vue différents, explorent les capacités des instruments, des voix. Il n’est plus de frontière entre musique savante ou populaire, les unes et les autres se mêlent. Le résultat : une musique/ des musiques, qui nous touchent, nous transportent. Le thème de cette 20ème édition des Joutes, sous la houlette du musicien et poète Miquèu Montanaro reflète cet esprit : Musiques rêvées, frontières abolies. Le monde se donnait rendez-vous à Correns, ses sept scènes, mais aussi sa campagne. On se laissera aller à un petit florilège.

Le Bus rouge parodie le genre de la pastorale dans ses Odes rurales, charmant prétexte pour une délicieuse promenade, quête des sources fraîches : on longe l’Argens, on s’arrête à l’ombre d’une clairière, on traverse les vignes pour retourner au village après quelques pas de danse… euphorique légèreté de vacances !

La vielle à roue fait sa révolution, s’électrise, avec le pionnier qu’est Valentin Clastrier et son ensemble AFOND pour lequel il compose, de même que Serge Ceccaldi : une écriture qui joue des contrastes, de l’improvisation. Les trois vielles à roue (V. Clastrier, Romain Baudoin, Gilles Chabenat) et les deux percussions (Florian Satche, Adrien Chennebault) osent les dissonances, passent de la fragilité de l’oiseleur à des rythmes telluriques, des lignes mélodiques en épure et des sons démultipliés.

Poésie subtile de la harpe celtique de Mael Lhopiteau accompagné de l’accordéon diatonique aux délicates variations de Thimothée Le Net, temps suspendu dans l’incroyable écrin de la « salle à ciel ouvert » de Fort Gibron. Leur duo, Le Bénéfice du Doute, apprivoise les mélodies, entraîne les auditeurs dans un voyage mouvant, émouvant, renouant avec une harmonie première.

L’enthousiasme de l’ensemble féminin La mal coiffée vainc la pluie qui arrête les premières mesures. Le public se réfugie sous les arbres, des chants s’improvisent, personne ne songe à quitter le théâtre de Verdure,  et le spectacle intitulé E los leons, histoire méditerranéenne d’une jeune fille, tiraillée entre les traditionnelles tâches attribuées aux femmes et son goût pour l’art de la chasse… Les polyphonies entonnées en occitan, par Marie Coumes, Laetitia Dutech, Myriam Boisserie, Karine Berny, accompagnées par bendir, sagattes, brau, grosse caisse,  livrent leurs arrangements, inventifs, tissés de contrepoints, de décalages, de canons, portés par des rythmes qui invitent à la danse.

Le Trio Diwan marie pour leur création « made in Chantier », les univers du jazz  des musiques, indienne, orientale, africaine, les nourrissant les unes des autres, fondues en une poésie profonde, déclinée par la contrebasse de Jean-Baptiste Boussougou, la guitare de Serge Pesce, les percussions de Khalid Kouhen, entre autres instruments, et les chants de l’ensemble. « La musique, c’est le grincement de la porte du paradis », sourient-ils. À leur écoute, on veut bien le croire !

Autre création du Chantier, le concert Adana scelle la réconciliation possible entre Turcs et Arméniens, par la grâce du doudouk de Vardan Hovanissian, des saz, baglama, tanbûr, de Simon Leleu qui interprète aussi les passages chantés, poèmes arméniens ou turcs. Virtuosité instrumentale, musiques des deux peuples qui se conjuguent… entrent en résonance… Par-delà le bonheur de l’écoute, il y a quelque chose de bouleversant : la musique devient symbole de l’amitié entre les peuples.

Les bals apportent aux nuits leur dynamique enjouée, bal folk de ZEF, avec le violon de Baltazar Montanaro, aux multiples variations, Grand Balèti et l’accordéon de Bruno Le Tron… parce que la musique est aussi un langage universel et le Chantier le sert avec brio.

MARYVONNE COLOMBANI
Juillet 2017

Joutes Musicales de Printemps, du 2 au 4 juin, Correns

Photographie La Mal Coiffée © X-D-R


Le Chantier
Centre de Création de Nouvelles Musiques Traditionnelles
Fort Gibron BP24
83570 Correns
04 94 59 56 49
http://www.le-chantier.com/