Retour sur les conférences historiques des 21 et 25 novembre au MuCEM

Le président et le dictateurVu par Zibeline

• 21 novembre 2013, 25 novembre 2013 •
Retour sur les conférences historiques des 21 et 25 novembre au MuCEM - Zibeline

Au MuCEM les conférences historiques se succèdent, sans trouver encore leur public, ce qui ne saurait tarder vu la qualité des intervenants. Le 21 novembre, c’est le professeur d’histoire contemporaine à l’Université de Cagliari Luciano Marrocu, traduit en direct par le poète Marc Porcu, qui est venu parler de Mussolini. Soulignant l’importance du mythe de la Rome Antique dans l’idéologie fasciste, qui «utilisait l’archéologie comme une science politique», il a montré à quel point le Duce puisait dans un passé prestigieux pour inciter le peuple italien à édifier un empire méditerranéen, une civilisation nouvelle. Jusqu’à son accession au pouvoir, la Rome classique était plutôt l’apanage de la bourgeoisie, une culture enseignée dans les lycées cossus. Mussolini a voulu la populariser et la projeter vers la modernité. Sur une série de photographies d’archives très révélatrices, on perçoit le rôle de l’architecture d’alors, les grandes avenues dessinées pour lui permettre de défiler à la tête de ses armées. On le voit aussi montrant avec fierté à Hitler en visite une statue romaine. En un jeu de regards, tout est dit : sa façon de «considérer les réalisations antiques comme sa propre production», et «son complexe d’infériorité vis-à-vis du dictateur allemand». Sur une autre image prise au moment de sa chute, il garde les mâchoires serrées. Aucune remise en question personnelle : le dictateur rendait le peuple italien responsable de son échec, déplorant qu’il soit «si difficile de transformer des agneaux en loups».

Le 25 novembre, Emmanuel Laurentin accueillait dans le cadre de son cycle Le temps des archives Henry Laurens, professeur au Collège de France, pour évoquer les accords de Camp David. Signés en 1978 par Anouar el-Sadate, le président égyptien, et le Premier ministre israélien Menahem Begin, ces accords constituent une première mondiale, un grand succès diplomatique orchestré par le président américain Jimmy Carter, et leur ont valu le prix Nobel de la Paix. S’appuyant sur les archives audiovisuelles de l’INA, Henry Laurens dévoilait les enjeux incalculables de la politique menée par Sadate à cette époque, qui change d’alliance géopolitique en passant de l’URSS aux USA, et reconnaît officiellement l’existence d’Israël malgré la désapprobation de son propre camp. Pour l’Arabie Saoudite notamment, il est «le traître absolu, qui a fait passer les intérêts de l’Égypte avant ceux du monde arabe», allant à l’encontre du panarabisme de son prédécesseur Nasser. L’historien a rappelé qu’avant de mourir assassiné en 1981, il semblait décidé à prendre sa retraite politique. «S’il l’avait fait, cela aurait constitué un exemple important pour les autres dictatures arabes»… et qui sait si la face du monde n’en aurait pas été changée ?

GAËLLE CLOAREC

Décembre 2013

Ces conférences ont eu lieu les 21 et 25 novembre au MuCEM, Marseille

Photo : Luciano Marrocu et Marc Porcu © Gaëlle Cloarec

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