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Devenir humain : à la rencontre des hommes et des femmes de la Préhistoire

Le premier désir

• 30 juin 2018, 4 juillet 2018, 11 juillet 2018, 25 juillet 2018 •
Devenir humain : à la rencontre des hommes et des femmes de la Préhistoire - Zibeline

L’artiste thaïlandais Korakrit Arunanondchai est exposé jusqu’au 29 juillet au J1, sur le port de Marseille. En contrepoint de son œuvre, centrée sur « la spiritualité dans un monde globalisé et le frottement entre animisme et technologies modernes »[1], un cycle de conférences a été organisé par Charlotte Cosson et Emmanuelle Luciani, toutes deux commissaires d’exposition et critiques d’art.

Le premier rendez-vous du cycle Oracular/Vernacular, qui va se poursuivre jusqu’au 25 juillet, a eu lieu le 27 juin, dans les vastes espaces du hangar portuaire occupé temporairement par l’association MJ1[2]. C’est Claudine Cohen, historienne des représentations et spécialiste de la Préhistoire, qui était au micro, captivant en excellente oratrice les membres du public, malheureusement assez peu nombreux. Sa conférence, intitulée Devenir humain : à la rencontre des hommes et des femmes de la Préhistoire, a fait écho au thème de MP2018, Quel amour ?, de manière subtile. La chercheuse a commencé par évoquer en images la représentation classique de cette première humanité au XIXe et jusque tard dans le XXe siècle, comme un ramassis de brutes épaisses, en une vision empreinte de « racisme rétrospectif », selon l’expression d’André Leroi-Gourhan. Longtemps, on a cru que les premiers hommes n’étaient qu’une ébauche de ce que l’évolution allait peaufiner, jusqu’à atteindre le sapiens contemporain, fier de son intellect, débarrassé de sa pilosité et de son langage guttural.

Or les progrès de l’archéologie ont révélé le contraire. Il suffit de voir les œuvres majeures qui ornent les murs de la grotte Chauvet, en Ardèche, pour s’en convaincre. Il y a 30 000 ans, les nomades chasseurs-cueilleurs faisaient preuve d’un sens esthétique, d’une richesse symbolique et d’une dextérité qui n’a rien à envier à l’homme moderne. Il y a plus : les Néandertaliens, longtemps méprisés, qui nous ont légué presque 5% de notre patrimoine génétique, pratiquaient déjà l’art rupestre, et réalisaient des outils d’une complexité technique indéniable.

Un humain nommé Désir

Sur les différentes branches de notre arbre généalogique, quel est le point commun de l’humanisation ? Les formes symboliques que doit prendre notre désir depuis que les femelles humanoïdes ne présentent plus de signe manifeste lors des périodes de fécondité optimale. L’amour, en somme : l’appétit sexuel, éveillable à tout moment, contrairement aux espèces animales qui le vivent en temps de rut, doit être médiatisé par l’imagination, elle-même entraînant dans son sillage l’amélioration de nos capacités cognitives.

Pour Claudine Cohen, les humains préhistoriques ont beaucoup à nous apprendre. « Car devenir humain, c’est se donner des règles. De parenté, de cohabitation. Relatives à l’environnement, et limitant notre volonté d’expansion ». Savoir qu’ils ont vécu, qu’ils ont aimé, dû faire des compromis, comme nous, « peut nous aider à penser le futur, à critiquer la notion de progrès, la part du biologique et du culturel, la « conquête » de la nature », pour perdurer au lieu de polluer et finalement détruire notre espace de vie. Dans toute science, dit-elle, on ne peut pas faire l’économie de la fiction et de l’imagination. C’est particulièrement vrai de la Préhistoire, reconstituant un monde disparu avec toutes les incertitudes que cela comporte, et participe sans aucun doute de la fascination qu’exercent les origines de l’humanité.

GAËLLE CLOAREC
Juin 2018

Les conférences du cycle Oracular/Vernacular à venir :

Une époque moléculaire ?
Nicolas Bourriaud
30 juin

L’à venir de l’amitié. Repanser la philia dans l’exosomatisation
Bernard Stiegler
4 juillet

Amour et fluidité de genre au Moyen Âge
Chloé Maillet
11 juillet

Cyberthérapie & transhumanisme
Dr Eric Malbos
25 juillet

J1, Marseille
mj1.fr

À lire
Femmes de la Préhistoire
Claudine Cohen
Belin, 21 €
(retrouvez sur ce lien notre critique de cet ouvrage : article Stéréotypes échevelés)

[1]    Le projet est ambivalent : l’exposition est financée notamment par Total et Sodexo, multinationales des moins vertueuses.

[2] Jusqu’à ce que le sort du bâtiment soit tranché par la Ville de Marseille

Image : Couverture de l’une des versions de l’ouvrage La guerre du feu de J.H. Rosny Aîné, paru pour la première fois en 1909. Illustrations de Jean Chieze.