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Vu par Zibeline

Jasmins et roses pour une Lakmé d’exception

Le pouvoir des fleurs

Jasmins et roses pour une Lakmé d’exception - Zibeline

Dans Lakmé de Léo Delibes, « le blanc jasmin à la rose s’assemble », les fleurs sont rituelles, unissent les cœurs étrangers de l’Indienne et de l’Anglais, guérissent les blessures mortelles… elles empoisonnent aussi ! Dans Lakmé, c’est Pierre Loti qu’on retrouve, comme à la source de Madama Butterfly (Puccini) ou Madame Chrysanthème (Messager), scellant, par l’amour de deux êtres (et le sacrifice de l’héroïne), l’union de deux cultures vouées à s’ignorer. Dans Lakmé, c’est l’art français de la seconde partie du XIXe siècle qui s’exprime, par ses clichés exotiques, ses harmonies sonores sans pareilles, ses mélodies enchanteresses… Dans Lakmé, enfin, on trouve le doux Duo des fleurs et, bien sûr, l’acrobatique Air des clochettes ! Il faut une voix rare pour interpréter ce dernier, capable d’allier douceur et virtuosité, vocalises tintinnabulantes et suraigus.

Il y seulement quelques années a éclos une fleur exceptionnelle, digne de ses illustres aînées (Robin, Mesplé, Dessay…) : Sabine Devieilhe. L’artiste incarne le rôle-titre à la perfection, convoquant un bouquet de nuances, formidable de sensibilité. Les Marseillais mesurent la chance de l’entendre lors de la première le 3 mai en lui réservant un triomphe. La soprano colorature est accompagnée par la stature grave de Nicolas Cavallier, tout de noblesse dans le paternel Nilakantha : sa déclamation large du français est exemplaire. Julien Dran est plein de charme dans Gérald, même s’il n’a pas tout à fait le ténor de l’emploi (remplaçant au dernier moment Florian Laconi). La distribution est remarquable (Majdouline Zerari, Cécile Galois, Anaïs Constans, Emmanuelle Zoldan, Loïc Félix, Marc Scoffoni) jusque dans les rôles tirés du Chœur de l’Opéra de Marseille (Rémi Chiorboli, Jean-Vital Petit, Damien Surian) qui, une nouvelle fois, fournit une superbe prestation, en particulier dans la périlleuse scène du marché du 2e acte. En dehors d’un maladroit monticule posé à l’avant-scène au 1er acte (périlleux pour le déplacement des artistes !) ressemblant à un gâteau au chocolat mal démoulé, la scénographie est réussie (Lilo Baur, Katia Flouest-Sell, Caroline Ginet) : le changement de décor à vue de la brillante place de la ville à la sombre forêt est superbe ! Dans la fosse, Robert Tuohy dirige l’orchestre maison avec finesse et bon goût.

JACQUES FRESCHEL
Mai 2017

Lakmé a été donné du 3 au 11 mai à l’Opéra de Marseille

Photographie : Lakmé © Christian Dresse 2017


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