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Vu par Zibeline

Micro Macro, une exposition d'arts numériques à découvrir dans 5 lieux de Martigues jusqu'au 25 mai

Le pixel et l’infini

• 14 mai 2015⇒25 mai 2015 •
Micro Macro, une exposition d'arts numériques à découvrir dans 5 lieux de Martigues jusqu'au 25 mai - Zibeline

Cinq sites à Martigues (théâtre des Salins, salle du Grès, musée Ziem, cinémathèque Prosper Gnidzaz, ancien Conservatoire) sont dédiés aux arts numériques lors de la manifestation Micro Macro, sous le commissariat éclairé de Charles Carcopino, avec 22 installations d’artistes venus de France, des USA, du Japon, des Pays-Bas, d’Allemagne de Turquie et de Belgique. Le directeur de la Scène nationale des Salins, Gilles Bouckaert, précise : « Cette exposition, déjà passée par Maubeuge et Créteil, est ici réinterprétée, ne se situe plus sur un lieu unique, mais réunit d’autres lieux culturels de la ville. On tisse une nouvelle géographie, dans une autre appropriation de la ville (seule ombre, quelques points sont inaccessibles aux personnes à mobilité réduite). Vingt médiateurs, étudiants en art et médiation donnent des clés. Quatre-vingts classes de primaire, collège, lycée sont aussi attendues.»
On est ainsi conviés à observer l’infiniment petit au microscope, avec des commentaires décalés (Micro Events de Tom Kok et Britt Hatzius), ou à discerner les pixels de la trame d’une toile blanche à travers un jeu de lentilles suspendues et délicatement mouvantes/émouvantes (MAKROMIKRO de Candas Sisman), ou encore voir se matérialiser des algorithmes, représentations de forces invisibles supportés par la sculpture minimaliste de Ryoichi Kurokawa. On passe à l’infiniment grand, quasi hypnotique, avec cette porte de science-fiction qu’est CYCL (Candas Sisman), inspiré des mouvements cycliques qui régissent notre univers ; ou l’envoûtante installation d’Olivier Rasti sur une création sonore de Thomas Vaquié, Onion Skin, qui construit et déconstruit les espaces géométriques en utilisant la technique de l’anamorphose. On traverse l’architecture avec des constructions improbables, des maquettes d’espaces en mouvement, qui deviennent l’objet même de la narration (Delay Room de Bernd Oppl) ; ou encore avec des maquettes de théâtres qui n’ont jamais vu le jour et sont habitées par des scripts jamais adaptés, pourtant d’Oscar Niemeyer, Le Corbusier, Bergman, Haneke, Godard… Ces témoignages de ce qui aurait pu être, surplombant la salle réelle du théâtre, ont quelque chose de profondément poétique, évoquant les fantômes de ce qui n’a pas été. La sélection de films s’ancre dans un esprit potache et décline la Pataphysique du rien et du tout (Charlotte Léouzon). Il est aussi des œuvres ludiques où chacun devient acteur de ce qu’il voit ou entend, ainsi une hétéroclite construction de 120 robots ménagers, donne lieu à un dialogue ébouriffant : vous racontez une histoire dans un mégaphone et les objets la traduisent en leur langage vibrant soufflant ronflant… Quel vocabulaire ! (Boris Petrovsky). Interactive encore SolarHelix/Ceremonial Chamber (collectif MSHR) et ses sculptures fractales, qui réagit aux mouvements, aux frottements, évolue, crée des sons. Bonheur interactif encore avec le Kronofoto de Philippe Decouflé et son écran qui démultiplie notre image à l’infini, le corps devient acteur, dans une chorégraphie démultipliée qui met en question notre reflet ; sans compter la magique Hexaboite, kaléidoscope géant dans lequel on entre, ou la cocasse Grosse tête, ou la cloche de verre qui sublime la râpe à fromage et la passoire (Decouflé toujours), ou encore le délicieux Cabinet de curiosités de Germaine, Simone et Rita qui multiplie trompe-l’œil et effets d’optiques. Enfin, après les animaleries félines de la toile rassemblées par Anne Roquigny qui avec son «Webjays» surfe sur le net pour découvrir des œuvres créées spécifiquement pour le réseau (11100Z00111), puis le délire canin et ses réactions en chaîne de Kris Verdonck (Monster), l’inquiétude peut vous gagner avec Stranger Visions de Haether Dewey-Hagborg : à partir de l’ADN prélevé sur mégots de cigarette collectés dans des lieux publics, elle recrée les visages des inconnus qui ont laissé ces traces.
Entre déterminisme et surveillance génétique, le problème éthique se pose. L’art n’est plus ici conçu comme vecteur de beauté et d’émotions, même si certaines œuvres nous touchent intensément, mais aussi comme une mise en garde des usages d’une technologie aux expansions infinies. Où l’humain trouvera-t-il son aune ?

MARYVONNE COLOMBANI
Mai 2015

Micro Macro
jusqu’au 25 mai
Les Salins, Martigues

photo : Oeuvre de Decouflé © Maryvonne Colombani


Théâtre des Salins
19 Quai Paul Doumer
13692 Martigues
04 42 49 02 01
www.les-salins.net