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Deux concerts consacrés à la musique française enchantent la nuit de La Roque d’Anthéron

Le piano fait sa nuit à La Roque

Deux concerts consacrés à la musique française enchantent la nuit de La Roque d’Anthéron - Zibeline

La traditionnelle Nuit du piano du Festival International de piano de La Roque d’Anthéron accordait en deux concerts, l’Orchestre de Cannes et son chef, Benjamin Levy, aux cordes du violon solo Alexandra Soumm et aux pianos de Sanja et Lidija Bizjak, puis à celui de Jonas Vitaud.

Légèreté

Le premier concert se plaçait sous le signe de la légèreté, ouvrant le bal avec la Suite hongroise pour piano, violon, percussions et cordes de Reynaldo Hahn, musique alerte, qui campe personnages, et situations en phrases délicatement enlevées. L’enthousiasme de Benjamin Levy, attentif à chaque musicien, soliste ou en pupitre, rejaillit sur l’orchestre, et sert avec intelligence l’œuvre de celui que Proust nommait « instrument de musique de génie ». Un deuxième piano vient se placer contre le premier, figure du yin et du yang, pour le Concerto pour deux pianos et orchestre en ré mineur de Francis Poulenc, espiègle, mutin, malgré quelques passages où sourd une certaine mélancolie lyrique. Charmantes harmonies que la pièce foutraque de Darius Milhaud Cinéma-Fantaisie pour violon et orchestre d’après le Bœuf sur le toit (58b) bouscule en un esprit dadaïste iconoclaste. Aux accents de O Boi no Telhado, ancienne chanson brésilienne, qui scande en refrain l’ensemble de l’œuvre, répondent des passages où dissonances et goût de la fausse note sont érigés en mode de composition. Cette « farce surréaliste » décalée réclame des instrumentistes une belle vélocité pour s’attarder sur d’acrobatiques trilles au violon ou donner l’impression d’un manque d’unité, où chacun suivrait sa route sans écouter ses voisins. Deux libellules s’invitent sur scène, ajoutant au burlesque potache. Cette petite pique aux conventions réjouit l’assistance !

Pépites oubliées

Le deuxième concert dans ce beau marathon, s’attachait à des œuvres de Claude Debussy et de Poulenc. Après la pièce apéritive extraite de la Suite pour piano de Debussy, Sarabande, orchestrée par Maurice Ravel, qui renoue avec la facture des grands maîtres du XVIIIème, entrait en scène le pianiste Jonas Vitaud aux côtés de l’orchestre de Cannes,  pour la Fantaisie pour piano et orchestre en sol majeur de Debussy dont le pianiste semblait avoir emprunté les caractéristiques physiques. Sans doute son jeu profond, large, son interprétation élégante et subtile qui mettent si bien en évidence le propos du compositeur, induisaient le rapprochement ! Unique composition pour piano et orchestre de Debussy, peu jouée, cette Fantaisie offre pourtant aux instrumentistes une partition riche où se conjuguent verve, palette nuancée, passage parfois abrupt d’un registre à l’autre, rêveries délicates et envols. Le pianiste interprétait généreusement en bis sa propre transcription du Prélude à l’après-midi d’un faune (Debussy). L’orchestre tout entier se niche dans les cordes du piano qui devient syrinx, souffle, violons… songe éveillé dans la douceur du soir…

L’orchestre, de nouveau seul, déclinait les volutes de la Sinfonietta, unique symphonie de Poulenc. Bonheur sensible du jeu, équilibre des pupitres, complicité avec le jeune et talentueux chef Benjamin Levy… qui font regretter le peu de fois où ces pièces sont proposées !

MARYVONNE COLOMBANI
Août 2018

Concerts donnés le 1er août au parc du Château de Florans, dans le cadre du Festival International de Piano de La Roque d’Anthéron.

Photographie :  Bizjak-Vitaud © Christophe GREMIOT