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Retour sur Le Partage de midi, le texte de Claudel et ses archaïsmes, présenté en avril aux Halles à Avignon

Le Partage est réac

Retour sur Le Partage de midi, le texte de Claudel et ses archaïsmes, présenté en avril aux Halles à Avignon - Zibeline

La langue de Claudel est sublime. Ce qu’il raconte de la relation de désir et de domination, d’amour de Dieu et d’amour de soi, est charnel, brûlant, empli de doute et de ferveur. Mais dire que ce texte est daté ne suffit pas. Il est aussi, par moments, abject, lorsqu’Amalric fait l’apologie de la traite des Noirs, ou qu’Ysé parle de son dégoût des Jaunes, et de son plaisir à leur mort. Raciste, les personnages du Partage de Midi le sont indéniablement. Mesa, qui incarne Claudel, ambassadeur de France, ne les approuve pas, mais les écoute sans broncher. Quant à sa vision de la femme…

Ysé est un personnage de théâtre fascinant. Un rôle d’exception pour une comédienne. Elle est au centre de la pièce, de toutes les scènes, admirée par trois hommes, incarnant la vie même, objet de tous les désirs. Mais justement, objet. « Jument revêche », capricieuse, voulant qu’on lui cède la place, puis plus tard abandonnant ses enfants, portant la faute, la damnation et la mort. Jamais totalement responsable de ses actes, tournant la tête aux hommes mais ne comprenant rien aux affaires, à la guerre. Mineure. Amante passionnée mais inconséquente, pas même mère aimante.

Qu’une jeune femme mette en scène ce Partage en incarnant Ysé a de quoi surprendre, donc. D’autant qu’on ne peut pas dire que Clémentine Verdier évite l’obstacle. Blanche et évanescente apparition, légère de son rire quand l’heure est grave, elle n’hésite pas à minauder sans dérision, à faire la coquette, à séduire, ou à s’humilier face à Amalric. Elle est émouvante et juste, et tous les acteurs le sont, effaçant l’aspect suranné du texte et le jouant dans une sorte de temps suspendu, un ailleurs qui n’est pas que géographique, une étrangeté qui est celle d’un autre temps, mais aussi d’un autre monde. Les planches de bois qui figurent le pont du bateau puis les croix du cimetière et enfin les planches de survie disent aussi cela, le non lieu du décor. Et la force poétique de la langue est là, comme inatteignable, et atteinte pourtant. On regarde ces marionnettes aristocratiques, coloniales et catholiques s’agiter avec grâce. Loin, si loin de nous.

AGNÈS FRESCHEL
Juin 2017

Le Partage de midi a été joué les 20 et 21 avril au Théâtre des Halles, Avignon, par la Cie Lâla/théâtre

Photo :© Michel Cavalca


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