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Vu par Zibeline

La sélection de spectacles vus et appréciés par l'équipe de Zibeline au Off d'Avignon

Le Off, c’est parti !

• 5 juillet 2019⇒28 juillet 2019 •
La sélection de spectacles vus et appréciés par l'équipe de Zibeline au Off d'Avignon - Zibeline

Regardez du côté des compagnies régionales, et franchissez aussi le Rhône !

Gilgaclash

Le Scrupule du Gravier revisite, avec humour et console audio, la légende de Gilgamesh. Les trois comédiens-auteurs « découvrent » des habitants de la ville d’Uruk. S’établit une distanciation entre le récit antique et l’effet de réel, qui apporte une touche espiègle aux tribulations de Gilgamesh, aveuglé par sa puissance, son sentiment d’être invincible qui le mettait au-dessus des lois… La joyeuse troupe confronte le mythe à nos représentations : quelquefois le jeu s’arrête pour laisser la place à de vives discussions, qui contestent, évoquent la réalité, dénigrent ou raillent les protagonistes. Un retour vivifiant au premier texte de l’humanité. M.C.

jusqu’au 24 juillet à 15h
Théâtre des Carmes


Dom Juan

La Naïve se plaît à dépoussiérer les classiques, en les accordant à notre temps. Tout en respectant scrupuleusement le texte original de Molière, cette troupe iconoclaste incarne Dom Juan en Jim Morrison (Charles-Éric Petit). La B.O. de The Doors suit avec intelligence la descente aux enfers du libertin en une mise en scène décapante et vive, et nous entraîne dans un rythme échevelé. Depuis 2012 La Naïve présente ce spectacle de haut vol à découvrir, voir et revoir sans modération ! M.C.

jusqu’au 28 juillet à 12h30
Théâtre du Chêne noir


Je ne suis pas narcissique

Création 2019, la pièce est née de la collaboration entre le compositeur-interprète Alain Klingler et Chloé Mons, comédienne et chanteuse. Ils ont collecté durant cinq ans les interviews d’actrices dans la presse féminine et en ont élaboré un montage sans modifier un mot. Tentative de définition de l’actrice, du mythe de l’interprète, entre héroïne tragique ou fantasmée… Entre le factice et le réel éclot un Personnage fascinant, condensé en une époustouflante performance. M.C.

jusqu’au 25 juillet à 13h
Atelier 44


Monsieur Barbara

Au départ, il y a un petit garçon, fasciné par les chansons de Barbara au point de se prendre pour elle. Les chansons de la Dame Brune l’accompagnent et rythment sa vie. Est-ce lui, est-ce elle ? Peu importe, la magie lumineuse des mots et des mélodies nous transporte en un monde poétique et onirique servi avec une sensibilité fine par Lionel Dameï (concepteur du spectacle) et Pascale Giraud. M.C.

jusqu’au 28 juillet – jours pairs à 20h30
Atelier Florentin


J’ai rencontré Dieu sur Facebook

Ahmed Madani fraye avec des sujets dits « de société ». Depuis plus de trente ans, il aborde notre quotidien sous l’angle politique sans jamais se départir de sa veine poétique. Habitué du festival, il a ces dernières années triomphé avec deux pièces quasi documentaires centrées sur la jeunesse des « quartiers » et l’héritage de cette génération issue de l’immigration : Illumination(s) (2012), choral de 9 hommes, puis F(l)ammes (2016), relatant les espoirs et intimités de 10 femmes.

Il revient avec J’ai rencontré Dieu sur Facebook. On s’est cette fois un peu éloigné des galères : Nina vit en harmonie avec sa mère prof de Français dans un coin tranquille de la banlieue de Sevran. Une histoire sans histoires. Et puis, au hasard d’une promenade sur le net, une photo choc, une prise de conscience, et c’est le début d’une fascination délétère qui va torpiller les habitudes du duo. Ahmed Madani s’attaque aux lourds thèmes de l’embrigadement, du djihadisme, avec beaucoup de clarté, une bonne dose d’humour, son lyrisme et surtout sa très fine connaissance des jeunes, qui lui évite de tomber dans le didactisme. Il livre une pièce ambitieuse et légère à la fois, les deux pieds dans le réel et la tête dans une fiction très efficace. A.Z.

5 au 26 juillet
11 Gilgamesh Belleville


L’Origine du monde (46×55)

Tout a commencé le 28 janvier 2015, jour où Nicolas Heredia, auteur comédien montpelliérain flâne dans une brocante. La matinée était déjà fructueuse, mais voilà qu’il tombe sur une reproduction du fameux pubis, coincée entre une roue de vélo et un lot de petites cuillères en argent. Il hésite. C’est tentant. La copie est grossière, la toile est piquée. 200 €. Hors de question de se laisser avoir à ce point-là !

Sur le chemin du retour, il regrette déjà. C’est quoi, 200 €, si on rapporte cette somme à « l’histoire potentielle que cette copie contient » ? Dans cette interrogation inquiète, le spectacle est déjà en train d’exister. Il revient sur le stand, il est désormais en possession d’un objet porteur « d’horizons insoupçonnés », « d’aventure », de « folles soirées » (à partager avec le public) en perspective. Comment cette croûte acquise trop cher peut-elle atteindre une valeur de 18 000 €, le temps d’une heure de démonstration d’une implacable intelligence ? Objet à l’appui, humour pince-sans-rire au coin de la bouche, Nicolas Heredia (Cie La vaste entreprise) nous entraîne dans un voyage aux origines insoupçonnées. A.Z.

5 au 25 juillet
La Manufacture, délocalisé au Musée Angladon


Le rapport Berthier

Christophe Lafargue, alias Garniouze, est l’un des plus fameux orateurs de la rue, connu notamment pour y avoir porté les Soliloques du pauvre du poète prolétaire Jehan Rictus. Aux côtés du circassien Sébastien Le Guen (Lonely Circus) et du musicien François Boutibou, il a imaginé cette jolie fantaisie démarrant dans le silence feutrée d’une médiathèque. Bercés par une folie douce, rock, ménagerie de livres, slackline et parade fellinienne rendent l’un des plus beaux hommages au cirque d’antan.

À noter que Garniouze est aussi collaborateur artistique au spectacle de L’Agit, Nous étions debout et nous ne le savions pas, à la Pinède sous chapiteau. J.B.

9 au 20 juillet
Médiathèque Saint-Pons, Villeneuve


 Les tondues

Après avoir empoigné les mots de Magyd Cherfi sur ses précédents spectacles, Périne Faivre (Les Arts Oseurs) invite le public à un parcours déambulatoire dans la ville, pour y dénicher des saynètes mêlant texte, musique et installations plastiques. Devant la foule assemblée, les comédiennes exorcisent la bestialité vengeresse du siècle dernier, jetant en pâture l’histoire terrible des tondues d’après-guerre, et la domination symbolique exercée sur les femmes depuis la nuit des temps. À partir de 12 ans. J.B.

9 au 21 juillet
Centre-ville, déambulatoire, Villeneuve


Jean-Pierre, lui, moi

Le comédien Thierry Combe (Pocket Théâtre) nous convie à un solo dans l’intimité d’un cercle de palissades. Avec beaucoup de pudeur et d’à-propos, il y expose le quotidien partagé avec Jean-Pierre, son grand frère atteint de handicap mental. Suivant les méandres d’une pensée en rhizomes, à base de post-it collés sur les planches de bois, le spectacle est enlevé, sincère, surprenant, parfois même loufoque et irrévérencieux, abordant sans fard des sujets encore tabous. J.B.

9 au 21 juillet
Verger, Villeneuve


In-Two

On a vu par le passé Alexandra Tobelaim (Cie Tandaim), faire parler les morts (Le mois des chrysanthèmes, 2016) ; elle séquestre cette fois le spectateur au sein d’une baraque en bois pour son « théâtre en boîtes pour passants ». Ces expériences riches en émotions se jouent en face-à-face avec un comédien, pour laisser le spectateur en tête-à-tête avec lui-même à l’issue du spectacle. À réserver aux plus avertis, à partir de 13 ans.

À noter qu’en janvier 2020, la metteuse en scène prendra la direction du NEST, centre dramatique national de Thionville. J.B.

10 au 17 juillet
Vigne, Villeneuve


Cyrano de Bergerac

Sublimement romantique, Cyrano est une ode à la parole débordante. Comment permettre à ce héros excessif de garder son humour, sa virtuosité, sa subversion, quand les codes de la parole ont tant évolué ? Le metteur en scène du Collectif Chapitre 13, Gaspard Baumhauer, a su voir, au-delà de la désuétude, l’actualité de l’alexandrin. Car la verve d’Edmond Rostand s’apparente au langage dont se servent, pour rapper et slamer, ceux qu’on voudrait réifier sous le générique de « jeunes de cités ». Singulier, le spectacle évite l’écueil d’un raccourci grossier entre rap, banlieue et jeunesse, pour exploiter la richesse d’une parabole, qui porte en elle une véritable critique sociale. L’héroïsme et la galanterie ne sont plus surannées, ils sont métamorphosés et portés hauts par des comédiens insolents de fougue et de malice, qui réinventent le rêve et l’audace pour les rendre bouleversants de vérité. S.L.

Jusqu’au 28 juillet à 22h15
Espace Roseau Teinturier


L’enseignement de l’ignorance

Le livre de Jean-Claude Michéa avait fait de l’effet il y a 20 ans. Anticapitaliste, il procède, avec quelques raccourcis saisissants, à une attaque en règle des « sciences de l’éducation » qui éloignent les élèves de la culture classique, seule susceptible de nous garantir de l’égoïsme de la consommation. Raccourcis parce qu’il oublie que cette éducation classique était surtout celle de la répression, d’une terrible sélection de classe et d’une ségrégation non moins castratrice des genres. Plus convaincant lorsqu’il pointe que la société capitaliste a besoin de décérébrer le consommateur pour le couper de ses valeurs empathiques naturelles, il s’attaque en particulier… à la libération des années 70 et leur frénésie de jouissance.

Le paradoxe du spectacle est qu’il met en scène ces idées, souvent reprises par les plus droitiers des philosophes, comme une attaque anticapitaliste insoumise. Les trois comédiens, dont un au piano, s’en prennent au système de production qui rend inutile 80% des hommes et les gave de divertissement aliénant, les éloignant de l’émotion esthétique et de la pensée critique. Cette ambiguïté du propos contamine le jeu : Héléna Vautrin joue à la dominatrice version SM (critique ou non ?), Fred Guittet trouve tout ça trop compliqué (décérébré ou pas ?)… Pourtant le retour de ce texte sur scène est salutaire : le spectacle soulève des questions, inhabituelles, sur nos libertés et nos valeurs, dans une mise en scène (Seb Lanz) rythmée et élégante qui donne à lire autant qu’à entendre. Et permet d’aiguiser ce sens critique dont Michéa a si peur que nous manquions désormais ! A.F.

Jusqu’au 24 juillet à 10h
Théâtre des Carmes


The great disaster

Un petit bijou programmé au Conservatoire : Olivier Barrère, dirigé par Aurélie Pitrat dans une scénographie d’Erick Priano (« c’est important de le dire, c’est vraiment un travail de compagnie, à trois ») s’empare du texte de Patrick Kermann avec une vraie intelligence de dramaturge et un sacré talent de comédien. L’histoire d’un oublié de l’Histoire, mort dans le naufrage du Titanic, est traversée de souvenirs de son enfance, d’une belle lettre érotique, de scènes de travail dans la cuisine du paquebot, de personnages qu’il y rencontre, et d’incursions vers le futur aussi, les guerres mondiales et la Shoah, toujours présente chez Kermann. Et l’on pense bien sûr aux noyés d’aujourd’hui dans notre mer sans glace.

Pourtant ce récit d’un mort oublié est vivifiant : drôle par moments, complice, Olivier Barrère réussit à faire passer l’élan de vie qui animait son personnage, amoureux, sensuel, observateur, acharné. Et vous pouvez ajouter à cela une scénographie à surprise, un travail vidéo et sonore délicat, une vraie jubilation de la parole et un rapport très direct au public ! A.F.

Jusqu’au 26 juillet à 14h45
Théâtre des Halles


Métamorphoses !

Guillaume Cantillon s’empare des Métamorphoses d’Ovide, ou plutôt de leurs libres traductions, poétiques, par Gilbert Lely pour composer une forme performative. Au début, une projection d’images violentes, psychédéliques, sur la folie contemporaine : la nature en danger, les banques, l’industrialisation outrancière, la frénésie humaine, se succèdent à un rythme crescendo, mise en perspective anxiogène de la société actuelle avec la pensée antique.

Puis le comédien nous sauve de cette atmosphère dépressive en déchirant la toile pour prendre le micro et conter, chanter, réciter de sa voix rocailleuse ou veloutée des histoires d’amour divines. Daphné et Apollon sur une musique acid techno des années 80 ; Orphée et Eurydice sur une création sonore onirique ; Myrrha et Cinyras, Diane et Actéon, dans une scénographie qui progresse vers l’intimité et invite à atteindre une nature sauvage. La performance se métamorphose par le jeu de lumières évolutif, la présence scénique du musicien Vincent Hours, les ricochets entre les Rolling Stones, Mike Brant et Antony and the Johnsons qu’ose l’acteur « candide ». M.G.-G.

Jusqu’au 27 juillet à 21h
Artéphile


Des cercles bleus et noirs

Écrit par Dominique Richard sur une commande de la metteure en scène Lucile Jourdan, le texte se présente comme une mélopée poétique qui mêle l’innocence de l’enfance au trouble de la maturité. La narratrice, interprétée par Stéphanie Rongeot à l’énigmatique sourire de Joconde, se livre aux souvenirs de son enfance illuminée par la figure aimée de son petit frère, Paul. Elle évoque leurs jeux de pirate dans la forêt proche, leurs batailles rageuses, leurs baisers sur les lèvres : un amour trop fort, trop grand pour eux. Elle évoque ensuite d’autres vives douleurs, de jalousie, de passions troubles, de fantasmes, de transformations. Un texte souvent bouleversant, servi dans un judicieux quadrilatère de rideaux amovibles… C.B.

du 12 au 15 juillet à 21h30
L’Entrepôt


Noir et humide

Camille Carraz est éblouissante dans ce petit spectacle de Jon Fosse écrit pour le jeune public, et mis en scène par Frédéric Garbe. Ses gestes, le trouble dans sa voix, ses peurs surmontées sont celles de l’enfance, pas la mièvre mais la forcenée, la désirante. Elle descendra à la cave, noire et humide, pour connaître, transgresser, s’affranchir… Les dialogues de Jon Fosse avec leurs incises narratives, les sculptures et vidéos de Pauline Léonet, blanches dans le noir, la musique de Vincent Hours, qui tisse des épaisseurs sonores qui inquiètent puis rassurent et inquiètent encore… tout concourt à la beauté formelle d’un spectacle à mettre dans toutes les mains, des plus jeunes aux plus vieux qui y retrouveront leur enfance inavouée. A.F.

Jusqu’au 28 juillet à 10h50
Théâtre transversal


Zinc

Il fallait toute l’audace de Michel Bellier pour adapter à la scène le roman Zinc du Belge David Van Reybrouck, auteur du magistral Congo. Avec maestria et doigté, il parvient à mailler l’histoire européenne de 1816 à nos jours avec le destin d’un héros ordinaire, Emil Rixen, qui n’a jamais quitté sa terre natale -un confetti coincé entre la Belgique, les Pays-Bas et l’Allemagne- tout en ayant changé cinq fois de nationalité ! Tout ce que l’Histoire peut faire subir à cet homme est là, à portée de mots justes, de gestes précis, de rires francs, de regards perçants ou bienveillants tant le comédien « est » Emil Rixen, appelé aussi Joseph. Truculent et généreux, intelligemment mis en scène par Joëlle Cattino, Michel Bellier est accompagné de deux compagnons de jeu, Patrick Donnay et Paolo Cafiero, chacun se renvoyant remarquablement la balle dans cette partie de jonglage millimétrée. Le spectateur, totalement consentant, se laisse mener par le bout du nez dans ce récit à trois voix, chaotique, qui navigue de la signature d’un traité de pays à une trahison amoureuse, d’un hymne national à un souvenir douloureux, d’un énième congrès à un énième changement de frontière, d’une naissance à une mort précoce. Celle d’Emil-Joseph. Fidèle à l’esprit de l’auteur qui excelle dans les pirouettes stylistiques et temporelles, la pièce prend elle aussi un malin plaisir à jouer à saute-mouton. Sa verve, sa fougue, ses élucubrations débordent sur le plateau grâce au trio visiblement heureux de pouvoir ressusciter cet homme dézingué par les tribulations de l’Histoire. M.G.-G.

Jusqu’au 28 juillet à 11h25
Théâtre Episcène


Vivre sa vie

De Vivre sa vie de Jean-Luc Godard, Charles Berling a imaginé une pièce filmique découpée en douze tableaux comme dans l’œuvre originale. Une sorte de feuilleton télévisuel d’aujourd’hui inspiré des romans-photos, avec making-of, arrêts sur images, plans séquences et longs silences. Ce bijou de 1962, irradiant de la présence d’Anna Karina, renaît dans un décor de sitcom sans âge où les protagonistes évoluent avec élégance et fluidité, en chair et en os et en silhouettes grâce à l’habile effet miroir d’un écran propice à démultiplier les espaces, à créer l’illusion et la collusion des scènes. Rien de mieux que ce dispositif pour mettre en abîme les sentiments humains : la passion, l’amour, la jalousie, le désespoir, la solitude… Car Vivre sa vie est une histoire de corps féminins, celui de Nana qui se rêvait actrice et devint putain, prise dans les griffes des hommes, clients ou proxénètes. Une histoire de vie et de mort que le comédien-metteur en scène offre en cadeau à ses formidables interprètes : Pauline Cheviller (Nana, anagramme d’Anna), Hélène Alexandridis, Sébastien Depommier et Grégoire Léauté à l’aise dans tous les rôles. Au-delà de l’emprunt à Godard pleinement revendiqué, la pièce s’enrichit de textes empruntés à Duras, Weil ou Despentes qui interrogent par le récit ou l’essai philosophique la condition féminine, son émancipation, le pouvoir masculin, la marchandisation des corps. La nouvelle création de Charles Berling peut paraître parfois décousue, mais sa forme tridimensionnelle (théâtre, musique live et vidéo) répond au « film-documentaire, film-déclaration d’amour, film-paradoxe » du cinéaste de la Nouvelle Vague, et actualise à sa façon son point de vue cinglant sur la société des années 60. M.G.-G

Jusqu’au 28 juillet à 19h
Théâtre des Halles


11 septembre 2001

Ildi ! Eldi change de registre : Antoine Oppenheim et Sophie Cattani, en créant le texte de Vinaver sur les attentats qui ont bouleversé le monde, choisissent le tragique alors que leur univers était plutôt, jusque-là, poétiquement sarcastique.

La réussite est totale : ils parviennent à conserver l’intimité, le rapport très direct au spectateur placé dans un espace commun sans quatrième mur, l’échange de regard, le ton de confidence. Sauf qu’ici la proximité est angoissante : parce que l’on entend les voix de ceux qui sont morts, de ceux qui ont réussi à descendre les étages, aussi, mais surtout celles des terroristes, de leur folie, de leur conviction, à laquelle répond celles non moins folles de Bush et des va-t-en-guerre. Et, rapidement, le désespoir banal de ceux qui ont hérité de ce monde déréglé, dans lequel un attentat est toujours possible, et une guerre au Moyen Orient toujours en cours.

L’écriture de Vinaver, qui croise et alterne les répliques sans tirade accusatrice, est tissée du montage sonore des voix réelles captées ce jour-là, au téléphone et sur les ondes. Les comédiens, interdits de grandiloquence, avancent précautionneusement, assis à la table, prenant ou laissant le micro, vers des émotions parfaitement maîtrisées. A.F.

Jusqu’au 28 juillet à 21h30
Théâtre des Carmes


La révérence

La Cie Arscénicum reprend la création qu’elle avait proposée au Off 2018. François Cottrelle, toujours impressionnant, interprète le Général/Président lors de sa fuite en mai 68 à Baden Baden. Quelques heures historiques pour un théâtre documentaire mais surtout politique, qui ne cache rien des errements de l’homme qui envisage très sérieusement l’emploi de la force militaire, et s’oppose à un Cohn-Bendit surgi du public. La pièce de Philippe Chuyen remet en cause la Ve République et sa fausse démocratie parlementaire, son incompréhension du peuple. Formellement elle repose sur un parti pris réaliste, agrémenté d’images d’archives, mais elle sait aussi prendre de la distance, jouer à jouer, faire des entorses habiles au quatrième mur. Et François Cottrelle, sans singer le général, a comme lui la voix qui se brise, le ventre proéminent et la phallocratie naturelle. A.F.

Jusqu’au 27 juillet à 10h30
Théâtre des Lucioles


Ces critiques ont été rédigées par les journalistes de la rédaction de Zibeline  : Anna Zisman, Agnès Freschel, Maryvonne Colombani, Marie Godfrin-Guidicelli, Chris Bourgue,  Julie Bordenave, et notre stagiaire en journalisme Selma Laghmara.
Juillet 2019

Photo : J’ai rencontré Dieu sur FaceBook © Francois-Louis Athénas