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Trouble expérience de lecture musicale lors du festival littéraire Oh les beaux jours !

Le nom en question

Trouble expérience de lecture musicale lors du festival littéraire Oh les beaux jours ! - Zibeline

La richesse du festival Oh les beaux jours ! réside dans la variété des formes proposées ainsi que dans les risques pris et assumés de pratiquer autrement la littérature, ou de partager une littérature controversée. Ainsi, lorsque Tiphaine Raffier présente une lecture musicale, dans la section Des livres sur scène, de fragments d’une œuvre ancienne de l’écrivain litigieux Richard Millet, Le Renard dans le nom, l’expérience possède de quoi déplacer et questionner les spectateurs. Dans la petite salle de la Criée, en fin de festival, l’auteure-metteure en scène prometteuse qui nous a étonnés et charmés avec France-Fantôme quelques mois plus tôt dans le même théâtre, est accompagnée par la texture électronique hypnotisante d’Éric Bentz (musicien du groupe Electric Electric). Le noir encercle l’artiste qui, telle une lune décrochée et mise à terre pour dire quelque chose, et dans une posture simple et sincère, nous délivre la prose musicale et envoûtante de ce texte paradoxal. D’une grande beauté, le récit de Le Renard dans le nom possède la puissance d’une terre oubliée. On y perçoit les échos avec l’imaginaire de Tiphaine Raffier qui créa en 2016 la pièce Dans le nom sur le monde agricole contemporain et ses ensorcellements. La qualité de la lecture, comme naïve, innocente, porte le texte dans un lieu qui, étrangement, suspend le jugement sur l’auteur du livre et ses positions fascisantes qui lui valurent l’arrêt de ses activités au sein du comité de lecture de Gallimard. C’est en cela, aussi, que l’expérience des spectateurs est trouble. Et la comédienne qu’est aussi Tiphaine Raffier sait nous amener dans cette suspension par la qualité de sa parole qui aère le texte et l’élève. Comment se laisser submerger par la poésie des phrases amples et ciselées de Richard Millet, lorsque l’on sait ce qu’il est devenu, ce qu’il a pu prendre comme positions inacceptables sur les immigrés, les musulmans, les écrivain.e.s contemporain.e.s ?

On aimerait parfois qu’une œuvre reste anonyme.

DELPHINE DIEU
Juin 2018

La lecture musicale de fragments de Le Renard dans le nom a été présentée à La Criée, Marseille, le 27 mai dans le festival Oh les beaux jours !

Photo : Tiphaine Raffier © Pierre Martin


La Criée
30 Quai Rive Neuve
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04 91 54 70 54
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