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Irène Bonnaud juxtapose Eschyle, Violaine Schwartz et Nuruddin Farah dans son Retour à Argos

Le noir destin des Suppliantes

Irène Bonnaud juxtapose Eschyle, Violaine Schwartz et Nuruddin Farah dans son Retour à Argos - Zibeline

Traductrice d’allemand et de grec ancien, Irène Bonnaud enchevêtre dans Retour à Argos la langue dense et versifiée d’Eschyle (Les Exilées et Prométhée enchaîné) et celles actuelles de Violaine Schwartz et Nuruddin Farah. Un parti pris de juxtaposition («plutôt que d’essayer de moderniser le texte») doublé d’une mise en scène volontairement concrète et vivante… loin de toute tentative de reconstitution historique ! En effet, Retour à Argos mêle voix, chant et musique interprétés par des comédiens chorégraphiés par Jean-Marc Piquemal et déplace le chœur au cœur de l’action alors qu’il tient un rôle distancié dans la tragédie grecque. Une manière de faire chanter la langue originelle aux oreilles contemporaines, loin des formules alambiquées de traductions incertaines… Mais si le texte ne perd rien de son énergie, de son rythme et de son urgence, et si Irène Bonnaud confie à trois comédiennes noires le rôle des «fleurs noires au visage brûlé par le fracas du soleil», la pièce est vite engloutie dans son objectif, si généreux soit-il ! À savoir évoquer dans un même élan choral la tragédie de l’exil vécue par les descendantes d’Io, princesse d’Argos et amante de Zeus, et par les demandeurs d’asile aux XXe et XXIe siècles. Devenue bavarde à force de vouloir enfoncer le clou, elle perd en intensité et s’étiole. Reste la belle présence des comédiens, des images fortes, et un propos brulant «sur l’enfermement en mouvement».

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI
Mai 2013

Photo : Retour-à-Argos-©-Frédéric-Lovino

Retour à Argos a été joué les 24 et 25 mai au Théâtre Liberté, Toulon


Théâtre Liberté
Grand Hôtel
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