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Une Mégère portée par la danse néoclassique de Jean Christophe Maillot

Le must à Monaco

• 28 décembre 2017⇒5 janvier 2018 •
Une Mégère portée par la danse néoclassique de Jean Christophe Maillot  - Zibeline

Un argument de Jean Rouaud, d’après la Mégère apprivoisée, qui sait prendre le contrepied de la phallocratie shakespearienne, pour affirmer le caractère exceptionnel du personnage féminin. Un orchestre de Monte Carlo parfait dans les pages les plus difficiles de Chostakovitch, dans ses solos à découvert, ses rythmes effrénés, ses couleurs, ses contrechants savants, rendus de main de maître par le chef Kalle Kuusava, qui cale au millimètre ses tempos sur les corps des danseurs. Des décors d’Ernest Pignon Ernest d’une élégance rare, escalier blancs, colonnes aux angles et aux courbes permettant des échappées et des resserrements, servis par les lumières sculptées qui projettent leurs reliefs sur leurs surfaces devenues des écrans mobiles. Et un ballet de Monte Carlo d’un niveau technique sans égal, qui enchaîne sans frémir les figures les plus difficiles, ne décale pas d’un iota dans les ensembles, et prend un plaisir visible à danser au corps à corps. Car la danse néoclassique de Jean Christophe Maillot est terriblement physique, exigeante : les pointes des danseuses, les sauts des danseurs au ballon impressionnant, n’ont sans doute aujourd’hui leur égal qu’à l’opéra de Paris, ou au Bolchoï qui avait créé la pièce reprise aujourd’hui par son ballet.
Bref, il est extraordinaire de voir un spectacle si accompli, réunissant autant d’artistes exceptionnels, interprètes dans la fosse et sur le plateau, créateurs aux commandes. En particulier le couple Katharina/Petruchio (Ekaterina Petina et Matej Urban) qui brûle la scène dans le duo central, où les deux époux s’apprivoisent et deviennent amants, sur le largo puis l’allegro molto de la Symphonie de chambre aux cordes bouleversantes.
La danse de Jean Christophe Maillot est en ce sens étrangement inventive : les duos amoureux sont des batailles, les corps se repoussent, ne cherchent à aucun moment l’épure mais le grotesque, l’énorme, l’excès. Un style qui ne s’affranchit pas pourtant du mime du ballet classique et paraît, malgré tous les talents déployés, définitivement suranné. Le spectacle, parfait, déclenche le plaisir de spectateurs friands d’élégance, mais on peut s’interroger sur la nécessité d’une création artistique qui ne bouscule aucune certitude esthétique.
AGNÈS FRESCHEL
Décembre 2017

La Mégère apprivoisée de Jean Christophe Maillot a été recréée au Grimaldi Forum, Monaco, par le Ballet de Monte Carlo du 28 décembre au 5 janvier

 

Photo : La Mégère apprivoisée © Alice Blangero


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