Vu par ZibelineA catalogue of steps : dances are ghosts de DD Dorvillier au musée Fabre

Le musée ressuscite les fantômes

• 29 septembre 2018⇒30 septembre 2018 •
A catalogue of steps : dances are ghosts de DD Dorvillier au musée Fabre - Zibeline

Extraire le suc chorégraphique. Isoler un fragment de pas, de gestes, de rythme. Le couper de tout : la musique, les costumes, le décor, la dramaturgie qui portaient les pièces d’origine sont gommés. La chorégraphe DD Dorvillier, pour son A catalogue of steps : dances are ghosts, a choisit onze très courts moments de ses premières œuvres, crées entre 1990 et 2004. Pour l’ouverture de saison du Centre Chorégraphique national de Montpellier, c’est au musée Fabre que la collection se déploie. Les phrases de gestes ne veulent plus rien dire, ou plutôt sont rendues à leur liberté d’expression : les six danseurs, en groupes ou solos, sont le medium d’un langage à réinvestir. Cela commence sur le parvis du bâtiment. Les rayures calibrées de Buren abritent les premières boucles chorégraphiques du parcours. Les mouvements, désinvestis de leur sens premier, sont comme affranchis ; corsetés dans une suite de répétitions, ils sont si neutres qu’ils peuvent accueillir tous les récits, et deviennent les messagers d’une histoire volatile. Si cela semble hermétique au premier abord (où est le début, quelle est la fin, que font-ils là, de quoi ça parle ?), très vite, tout devient au contraire perméable au sens et à l’imaginaire.

Parmi les tableaux et les sculptures du musée, les souvenirs de danse, ces morceaux de « danses-fantômes » comme les appelle joliment la chorégraphe, habitent les différents espaces et se révèlent dans un dialogue discret avec les œuvres exposées, qui se réveillent elles aussi comme d’un long sommeil. Le Soldat romain au repos, ou Le Repos du gladiateur, deux toiles de François-Xavier Fabre (1788 et 1789) reprennent soudain leurs contours, les provocants poils pubiens des deux combattants s’exposent et explosent leur vitalité pendant que le corps du danseur développe son motif. On peut aussi tirer une carte, parmi les onze qui indiquent la taxinomie, si précise qu’elle en devient mystérieuse, des mouvements du catalogue, et écouter l’interprétation que nous en proposent les danseurs, en réponse à notre question (existentielle) du moment. Alors la danse devient un vocabulaire à partager.

ANNA ZISMAN
Octobre 2018

A catalogue of steps : dances are ghosts a été joué au musée Fabre les 29 & 30 septembre à Montpellier

Photo : « Mort de la moufette II » dans A catalogue of steps 

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